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Auteur : Reine Grenouille

Bon vent!

Bon vent!

Mon mari est parti ce matin. Il rejoint des amis pour faire la route jusqu’à Poitiers. C’était important pour lui d’aller enterrer Guillaume Faye. Il m’a toujours beaucoup parlé de lui, de ses livres, de ses faits de guerre. Il m’a plusieurs fois raconté cette rencontre alors qu’il venait juste de quitter la Santé.
Au début de notre histoire, j’ai lu bien 15 kg de livres « incontournables » selon Christophe. Dominique Venner, Alain de Benoist, … mais surtout Guillaume Faye. Ça faisait partie du jeu de séduction,  et je suis heureuse d’avoir pu effleurer son univers avant de le partager totalement grâce à notre mariage.


A l’époque, Guillaume Faye n’était pour moi qu’un étrange personnage, un peu fou, un peu dévoyé, pas vraiment un exemple à suivre. J’étais inquiète, parce que mon gars-là, celui avec la barbe rousse, je comptais bien l’épouser et l’embarquer dans une aventure sans fin à pondre des bébés et les élever dans la droiture et dans la foi. Le fait qu’il prenne pour modèle, quelques hommes plus païens que Saints me terrifiait.
Puis j’ai grandi. On en finit jamais de grandir. J’ai compris que même les Saints n’étaient pas parfaits avant de rejoindre le Père. J’ai compris qu’on pouvait désirer réussir sa vie terrestre et que c’était aussi profitable pour réussir sa vie céleste. J’ai compris que si Guillaume Faye n’était pas un Saint, il méritait tout à fait qu’on reconnaisse ses qualités.

Je n’assisterai pas aux obsèques de Guillaume Faye. Parce que ce n’est pas ma place. Mais depuis que nous avons appris son décès, il a rejoint les prières de la famille. Chaque soir avant de coucher le marmot, entre les bébés à venir et les douces litanies à nos Saints Patrons, nous demandons à Dieu d’accueillir Guillaume Faye dans son paradis.
Il y a longtemps, on m’a demandé : « Pourquoi tu pries pour eux ? Ils ne sont pas chrétiens. »  Je ne me souviens plus du sujet concerné, mais la question m’est revenue ce matin. En pensant aux obsèques, je me suis dit qu’il faudrait que je m’unisse à sa famille et à ses amis par la prière. Mais pourquoi, puisqu’il n’est pas chrétien ?

Pourquoi ?

Tout simplement parce que moi, je suis chrétienne. Ma foi n’est pas un accessoire que j’arbore de temps à autre pour avoir l’air sérieux. Elle fait partie de mon quotidien et je ne peux pas m’en décharger juste pour ne pas heurter la sensibilité de ceux qui ne croient pas. D’ailleurs, ceux qui ne croient pas sont rarement gênés par mes prières, ou alors ils sont d’incorruptibles laïcards et n’ont qu’à fouiller dans leur cœur pour ôter la source de cette gêne.
La prière, c’est mon quotidien et, chrétiens ou non, ceux qui me connaissent bien savent que c’est un des moyens les plus sûrs que j’ai pour exprimer mon amour. Alors quand une amie souffre dans son couple, même si elle n’a jamais mis les pieds dans une église, je prie pour elle. Quand un enfant est sur le point d’arriver, même si ses parents n’ont aucune intention de le baptiser, je prie pour lui. Quand mes amis organisent un solstice, même si je sais qu’ils n’ont aucune intention d’y inviter Notre Seigneur, je prie pour eux.
Je ne prie pas pour m’opposer à eux, au contraire, je prie pour les accompagner. Je prie parce que l’amour que j’ai à partager, il me vient de Jésus, c’est ce qui est naturel pour moi, c’est même facile, alors pourquoi m’en priverais-je ?


Avant, je n’osais pas dire à mes amis non-croyants « je prierais pour toi ». J’avais l’impression de faire du prosélytisme, d’essayer de les convaincre à la manière d’un Témoin de Jéhovah. Aujourd’hui (même si je n’ai pas renoncé à convertir tous les impies, c’est mon côté Croisé), je le dis volontiers, sans honte. Je pars du principe qu’il suffit d’avoir une petite conscience spirituelle pour voir que c’est une preuve d’affection et non une tentative forcée de conversion.
Et puis, entre vous et moi, si vous êtes chrétiens catholiques, vous aussi vous devez croire que le Bon Dieu est là pour tous, ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, partant de ce constat, je suis persuadée que mes prières pour ceux qui ne croient pas sont loin d’être vaines.

Je suis illuminée, mystique, contemplative, j’aime.

Aude a écrit un article elle aussi, et j’aimerais que vous allier le lire.
Elle reprend un discours de Guillaume Faye sur ce qu’est pour lui le paganisme.
Je l’avais déjà lu, il y a 4 ans, pour faire plaisir à celui qui me regardait avec des yeux de merlan frit. Il essayait alors de me convaincre que l’accompagner au solstice d’hiver ne ferait pas de moi une traîtresse idolâtre du Diable (on parlera de ma tendance à excessivement dramatiser le moindre détail plus tard). Il y a 4 ans, je m’étais contentée d’acquiescer peu convaincue et de m’armer d’un régiment de prières à la Sainte Vierge le soir du 21 décembre.
Quand j’ai vu l’article sur le blog, ce texte m’est apparu complètement différemment.  C’est mon paganisme aussi. Si je crois en Dieu, si j’ai confiance en Jésus, j’ai appris à redécouvrir la philosophie de mes ancêtres et elle fait partie intégrante de mon identité. Je ne la renie pas, au contraire, je l’accepte et je l’augmente de ma foi chrétienne.

Bon vent Guillaume, je vous lirais encore et mes enfants aussi. Vous pouvez vous enorgueillir d’avoir apporté beaucoup aux hommes qui vous ont croisé.

illustration originale, merci de ne pas utiliser sans mon autorisation

La bibliothèque jeunesse idéale

La bibliothèque jeunesse idéale

S’il y a bien un domaine dans lequel je ne suis pas minimaliste, c’est dans ma bibliothèque. Je ne suis pas une lectrice compulsive capable d’ingérer 4 romans par semaines, il y a des périodes où je suis boulimique de papier mais il peut aussi bien se passer quelques semaines sans que je ne puisse avancer dans mes lectures en cours. Néanmoins, me couper de tout acte littéraire plus de trois jours pourrait me voir lentement dépérir si ce n’est mourir (si, je suis sûre qu’on peut mourir d’absence de lecture).
Mais ce que je préfère lire par-dessus tout, ce sont les bouquins pour les gosses. A bientôt 30 ans, lorsque je pénètre une librairie ou une bibliothèque, je suis naturellement plus attirée par les rayons jeunesses. Sans doute dû à mon cœur d’enfant.

D’ailleurs, maintenant que je suis Maman, j’ai une bonne excuse pour replonger dans ce genre de littérature. J’ai déjà justifié les quintaux de papiers reliés et illustrés achetés une bouchée de pain dans les vide greniers. « Es-tu sûre que nous ayons besoin d’autant de livres pour enfants ? » « Et toi, veux-tu vraiment que nous éduquions d’imbéciles esclaves ? »

Parce que oui, la lecture, c’est la liberté. Éteignez les télés, rallumez les cerveaux et par pitié, ouvrez des bouquins.

Apprendre aux enfants à lire et surtout à aimer lire, c’est pour moi un élément primordial de la transmission. La lecture est la suite logique de la tradition orale de nos ancêtres.

Mais lorsqu’il s’agit de choisir un bon livre, surtout pour les enfants, le travail devient périlleux. La société évoluant, les nouveaux messages véhiculés à l’attention des enfants sont contestables. Devant la multitude des ouvrages édités chaque année, nous déplorons une part importante de livres de « mauvaise qualité ». J’entends par là que la littérature jeunesse (et même la littérature au sens large) souffre d’un excès de marketing et s’engouffre dans un système mondialisé où il faut vendre plutôt que transmettre. Les ouvrages sont devenus des produits dérivés et s’il y a encore quelques idées partagées, ce sont celles des idéologies « à la mode » qui plutôt que d’aider nos enfants à grandir en vertu les poussent à devenir les parfaits citoyens du monde sans frontière de demain. Anne-Laure Blanc est là pour nous aider. Grâce à son blog Chouette, un livre !, elle fait la revue de plusieurs ouvrages contemporains ou non destinés à un lectorat jeunesse.

Avec Valérie d’Aubigny et Hélène Fruchard, elles ont d’ailleurs écrit un guide : Un Bibliothèque idéale, que lire de 0 à 16 ans ? dont je vous parle dans la vidéo ci-dessous.


Voici quelques lieux sur internet pour trouver des livres sympas tout en soutenant de petites entreprises.

La Librairie Française
Livres en famille
Librairie La Billebaude

Si vous avez des adresses, n’hésitez pas à les partager en commentaires et je les ajouterais ci-dessous.

Dépression post-partum

Dépression post-partum

C’était il y a 1 an.

J’ai retrouvé cette photo en triant les toutes premières que nous avons prises de notre fils. Si je l’avais vue à l’époque, je l’aurais sans doute supprimée illico. Elle n’est pas flatteuse, ai-je envie de garder ce souvenir ?
Avec le recul, je suis bien heureuse d’être retombée dessus. À peine l’ai-je aperçue que je me suis souvenue de l’état d’épuisement dans lequel je me trouvais. Je le savais, je savais à l’instant où je décidais de concevoir un bébé que ce ne serait pas de tout repos. J’avais les témoignages de ma grand-mère, de ma mère, de mes amies. Je savais qu’il n’y aurait plus de sommeil, que j’aurais envie de craquer. Mais l’expérience a été encore plus douloureuse pour moi.

Ce qu’il y a de mieux pour lui.

Oui, c’est ce que je voulais. Allaiter longtemps, le porter, l’accompagner avec bienveillance dans son développement. J’ai lu tous les articles disponibles sur internet pour comprendre pourquoi mon fils ne dormait pas et pourquoi je n’arrivais pas à le calmer. J’ai dévoré des dizaines de bouquins sur Montessori et autres méthodes alternatives. J’ai suivi des milliers de comptes Instagram de mères parfaites, bienveillantes avec des enfants merveilleux dans l’espoir de trouver des réponses. J’ai failli payer de parfaits inconnus une fortune pour qu’ils me donnent leurs secrets pour un bébé s’épanouissant bien. Mais j’allais mal, très mal. Je n’osais pas le dire. Parce que quand tu viens d’avoir un bébé, c’est le bonheur, c’est merveilleux et tu dois être heureuse, rien d’autre.
Je me suis enfoncée dans un marais de conseils aussi contradictoires les uns que les autres. Mes aïeules me disaient de le laisser pleurer, de lui donner le biberon. La société m’ordonnait de ne jamais le laisser pleurer et de l’allaiter des mois sous peine d’en faire un psychopathe, un terroriste ou un gosse fragile et toujours malade.

J’ai déconnecté. Mon cerveau s’est mis en veille et a cessé de fonctionner. J’étais nulle, une merde, une moins que rien. Je venais de traverser l’épreuve la plus difficile de toute ma vie, mettre un enfant au monde et malgré ça, je ne savais pas m’en occuper. Je ne pouvais plus m’en occuper. Le nourrir devenait un enfer, pour lui et pour moi. J’ai cessé d’allaiter, parce que je ne pouvais pas le laisser mourir de faim. Mais on est venu me rappeler que le lait maternel est ce qu’il y a de meilleur, quelle égoïste faisais-je donc que de donner un biberon pour avoir le confort de laisser Papa se lever la nuit de temps à autre à ma place ? (et pourtant même s’il se levait, c’était bien mon instinct maternel qui me réveillait 1 minute avant les pleurs et me gardait éveillée le temps de la tétée) J’étais une mauvaise mère et passé ce cap, je devenais pire, une horrible personne.

1 an. C’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre.

Pour avoir traversé une dépression post-partum, je voudrais que cette maladie disparaisse de la surface de la Terre, qu’aucune mère ne puisse jamais vivre cela. Ce n’est pas possible hélas! Alors je me contenterais d’apporter mon témoignage ici.

Être mère ne doit souffrir d’aucune injonction. Il n’y a pas de formule magique, aucun enfant ne se ressemble, aucun parent ne se ressemble. Personne ne saura jamais mieux que vous ce qui est bon pour vous et votre enfant. Lorsque vous serez perdues, vous pourrez demander conseil, essayer et si cela ne convient pas, revenir sur votre décision. Et ça commence même avant la naissance de votre enfant.

Accoucher à l’hôpital c’est bien, accoucher à la maison c’est bien. Voie basse, césarienne ? Péridurale ou non ? L’essentiel c’est que vous en sortiez en vie tous les deux (ou trois, quatre…)
Allaiter c’est bien, donner le biberon c’est bien. Ce qu’il faut c’est que votre enfant mange et grandisse.
Refuser de le laisser pleurer c’est bien, le laisser pleurer c’est bien. Cela n’en fera pas un égoïste trop couvé ou un terroriste sociopathe.

Mon fils a un an, et voilà tout ce que j’ai fait de « mal » depuis sa naissance.

Je l’ai laissé hurler seul dans son lit plus d’une heure.
Je l’ai levé, changé, habillé à 5h du matin lui disant que puisqu’il ne voulait pas se rendormir, la journée commençait pour lui.
J’ai crié « ta gueule ! » pour qu’il se taise.
Je l’ai fait dormir sur le ventre.
Je lui ai donné des boudoirs industriels pour l’occuper parce qu’il était agaçant.
J’ai tapé son front pour qu’il libère immédiatement mon bras de l’emprise de ses dents.
J’ai installé un jeu pour enfant sur mon téléphone portable pour qu’il cesse de crier en voiture.
J’ai laissé passer plus d’une semaine sans lui donner de bain.
Je lui ai mis des dessins animés pour qu’il me laisse tranquille.
Je l’ai posé au sol et laissé crapahuter en pleine rue.
J’ai fumé une cigarette alors qu’il était à côté de moi.
Je l’ai gavé pour comprendre pourquoi il ne montrait pas de signe de rassasiement.
Je lui ai fait goûter de la bière, du vin, du coca.
Je l’ai sorti par temps de pluie sans manteau.
Je l’ai fait vacciner.

Tout ça mis bout à bout vous laissera prompt à juger. Vous vous direz que ce n’est pas bien, que certains actes sont de l’ordre de la maltraitance. Si vous reconsidérez la chose et que vous intégrez le fait que ce ne sont pas des faits habituels ou routiniers, vous comprendrez que faire des erreurs, céder à la paresse ou à l’égoïsme, cela fait partie de l’apprentissage. En creusant ma mémoire pour écrire cette liste, j’ai également retrouvé toutes les pensées qui me passaient par la tête à chaque fois que je constatais mes erreurs.

Tu es nulle
Tu ne mérites pas d’avoir un enfant
Tu es une mauvaise mère
Tu es une mauvaise personne
Ton fils sera malheureux
Ton fils sera idiot
Ton fils sera dépressif, agressif, malade
Ton fils va mourir
Tu devrais laisser quelqu’un d’autre s’en occuper
Tu es une merde
Tu es une moins que rien
Tu es faible
Tu n’as aucune volonté
Ton mari va partir
Ton mari aura raison de partir
Tu devrais disparaître
Tu devrais te casser quelque chose pour laisser ton fils à plus compétent
Tu devrais avoir un accident de voiture
Tu ne mérites pas de vivre
Tu devrais mourir

Cette litanie vous choque ? Je l’avais en boucle de mon lever à mon coucher. Comme un démon enfoui décidé à me faire perdre pied. Le moindre écart à la parentalité « bienveillante » et le train partait et accrochait les wagons les uns après les autres. Il sautait de la falaise m’entraînant avec lui dans une mer déchaînée dont aucun effort ne pouvait me permettre de reprendre le moindre souffle. Une fois noyée, la crise de nerfs était à deux pas.

Je n’étais plus moi-même et encore moins lorsque j’étais en crise. Hystérie, hurlement, angoisse. Hors de moi, je devenais dangereuse. C’est là que j’ai commencé à avoir de l’empathie pour ceux qui maltraitent leurs enfants. Je me suis prise pour l’une des leurs, parce que j’avais ces images en tête. C’était très clair, je me voyais l’attraper, hurler, le secouer, le battre, le frapper contre un mur et lui exploser le crâne. J’avais ces images en tête et je me trouvais encore plus horrible, mauvaise, à éliminer. Avouer cela est dur et certains, lisant de travers ou refusant d’accepter la part d’ombre de l’esprit humain, me jugeront comme je l’ai fait par le passé. Ce n’est pas pour eux que j’écris cet article.

Non, si je témoigne, c’est pour toutes ces mères qui comme moi feront des erreurs, comme moi culpabiliseront et comme moi sombreront dans un état de maladie psychiatrique. Je l’écris parce que si comme moi, l’une d’entre elles, exténuée, cherche encore une millième fois sur internet une solution miracle pour calmer son bébé, mais surtout se calmer elle, elle puisse me lire.

À toi qui perds pied.

À toi qui es terrorisée par tes pensées, par ton immobilisme, par ton incapacité.
Tu n’es pas la première et tu ne seras malheureusement pas la dernière.
Tu n’es pas seule.
Tu n’es pas horrible.
Tu mérites de vivre.
Tu mérites l’amour de ton enfant et même s’il crie à cet instant, il t’aime, il t’aime plus que tout.
Parce que tu es sa mère.
Tu l’as déjà protégé 9 mois dans ton ventre.
Tu l’as accompagné en le mettant au monde et pour lui tu as déjà enduré mille souffrances.
Il t’aime et il a besoin de toi.
Il a besoin de TOI, pas d’un substitut et pas non plus d’une coquille vide qui te ressemble.
Si tu te sens comme une coquille vide, ce n’est pas grave.
Il a besoin de toi pour sa vie entière et il saura attendre que tu te reconstruises et que tu sois solide.
Il t’aidera même à le faire.
Il t’aime du plus bel amour qui soit, celui qui se transmet par le sang et qui n’a besoin d’aucune justification ni d’aucune condition.
Tu es fatiguée, épuisée, fragilisée.
Tu souffres en dedans et personne ne le voit, mais moi je sais combien tu souffres.
Il y a des solutions.
Il y a ceux qui sont autour de toi et qui t’aiment parce qu’ils sont de ton sang ou parce qu’ils l’ont choisi, mais eux aussi t’aiment.
Tu mérites cet amour.
Tu es une bonne mère.
Tu es une bonne personne.
Ce que tu penses quand tu sombres dans l’angoisse ne définit pas qui tu es.
Respire.
Ferme les yeux et souviens-toi qui tu étais avant que tout commence.
C’est toi, c’est là, ça n’a pas bougé.
Tu as juste besoin d’aide pour retirer la boue qui s’est collée dessus.
Appelle ta maternité ou appelle ton médecin et demande un rendez-vous en urgence.
Il n’y a pas de honte à avoir.
Tu es malade.
Il n’y a pas de règle.
C’est tombé sur toi, ç’aurait pu être ta sœur, ta mère ou ton amie.
Mais je t’en conjure, ne reste pas seule face à tout ça, ne t’enferme pas.
Parle avec ta famille, ton conjoint, tes amis. Il y a des solutions.
Ce ne sont que des sentiments temporaires.
Je ne veux pas te mentir, ils peuvent durer longtemps, mais ils sont temporaires, tant que tu vis, tu pourras trouver une solution.
Ça finira par passer.
Tu en viendras à bout.

Aux autres

À vous qui n’avez pas sombré, qui avez réussi à trouver un équilibre dans votre vie de mère. Soyez attentives, même si vous êtes convaincues que vos choix sont les meilleurs (et ils le sont, pour vous), souvenez-vous qu’ils ne conviendront pas forcément à toutes. Il semblerait que le monde de demain soit violent, nous, femmes, sommes le rempart contre cela et si bienveillance il doit y avoir, elle doit commencer par nous-mêmes et nos semblables.

À vous qui voyez combien votre fille, votre sœur, votre femme, votre amie souffre. Tendez-lui la main. Soyez patients. Elle reviendra. Elle s’en sortira, mais elle aura besoin de votre aide. De votre temps, de votre attention et de votre amour. Il ne faudra pas lésiner, il ne faudra pas abandonner, aussi long que cela puisse paraître.

Néandertal

Nous nous reproduisons depuis notre arrivée sur Terre. C’est inscrit dans notre ADN, nous savons comment faire et comment accompagner nos enfants vers l’autonomie. Nos ancêtres avant nous ont fait des erreurs. Nos enfants en feront également. Nous avons créé la technique, perfectionné ses systèmes, mais nous avons aussi notre instinct. Il faut laisser les deux cohabiter, prendre conseil, prendre exemple, mais ne jamais oublier de douter et de changer de chemin dès que cela nous paraît utile. C’est facile pour certains, les convictions sont solides et le chemin tout tracé. D’autres tâtonnent. Je suis de ceux qui sont dans le noir le plus complet. Mais mon petit ours, mon petit Gaulois, mon fils m’aime. Voilà ce dont je ne peux pas douter. Il me le montre chaque jour par son sourire, ses éclats de rire, son air ravi quand j’apparais dans une pièce. Il me le montre en me collant des coups de tête en guise de câlins et en voguant vers de nouvelles aventures chaque jour. Il m’aime malgré tout ce que j’ai pu lui faire subir alors qu’il n’a fait qu’un cycle de saison complet. Et il m’aimera tant que je l’aimerais. Il voudra s’opposer à moi, ne plus me voir, changer de maison ou même changer de Maman, mais il m’aimera toujours malgré cela. Parce que j’aime ma Maman malgré toutes les erreurs qu’elle a faites, malgré toutes les épreuves dont elle n’a pas réussi à me protéger, malgré toutes ces fois où je lui ai dit « je te déteste ».

Courage et honneur aux mères !

La Verte Erin

La Verte Erin

J’ai rencontré l’Irlande un matin de septembre, lors d’une rentrée des classes. J’ai rencontré l’Irlande lorsque j’ai rencontré ma meilleure amie, il y a 15 ans.

Ce qualificatif « meilleur » me semble aujourd’hui enfantin, les sentiments que j’éprouve pour Rox ne peuvent plus souffrir d’une dénomination aussi banale. Notre amitié est de celle que peu connaissent dans leur vie. Une confiance mutuelle inconditionnelle. La certitude d’avoir toujours ce roc sur qui compter. La chance de pouvoir s’élever toujours plus haut grâce à un travail d’équipe certain.

Elle est mon amie et ma marraine. Celle que j’ai choisie pour m’épauler et me guider le jour où j’ai confirmé les promesses de mon baptême.

Elle est petite et rousse (pas tout le temps, mais dans ma tête, elle aura toujours une fine chevelure de feu). Elle a épousé un gars, qui lui a donné deux enfants (pour l’instant). Son fils aîné est à son tour devenu mon filleul. Elle m’a fait confiance et a remis entre mes mains l’âme d’un des êtres qu’elle aime le plus au monde, quelle déclaration d’amour !
Je regrette que nous vivions une époque où le mot amour soit si galvaudé qu’il revêt toujours un double sens. L’amour n’a rien à voir avec ces faux-semblants romantiques ou ces désirs charnels. L’amour n’a pas besoin de règles, il se ressent, se partage, et je crois qu’une vie sans aimer est une vie sans intérêt.

Je ne saurai pas dire précisément comment Rox est tombée amoureuse de l’Irlande, mais sa passion est telle qu’elle la transmet à quiconque s’ouvre un peu à elle. En amie, j’ai rapidement attrapé le virus.

J’étais déjà sous le charme de quelques verts paysages celtes, mon rêve de jeune fille était de découvrir la Bretagne et les forces telluriques qui la parcourent. Mais à force de fréquenter ce bout de femme, l’île d’émeraude me semblait une terre magique qu’il fallait découvrir à tout prix.

Elle y a voyagé plus d’une fois, elle y a même vécu quelques mois, s’occupant avec joie de petits bouts de choux gaéliques. Elle y est retournée avec son mari, malade d’amour à son tour pour ce pays. Puis est venu notre tour.Si je devais mettre les pieds en Irlande pour la première fois, ça ne pouvait se faire qu’en la compagnie de Rox. Voilà que quelques mois plus tôt, elle nous proposait ce périple, à nous ses amis. En couples, sans enfant, avec la certitude de repartir enchantés par la Verte Erin.

C’est ainsi que le 17 août passé, nous avons fait nos bagages pour aller prendre l’Eire pendant 4 jours.

Jour 1 – Vendredi – Dé hAoine

Départ Bordeaux, atterrissage à Cork. La nuit est déjà tombée et les sièges étroits de RyanAir n’ont pas flatté ma confiance en moi. La magie de l’Irlande semble pourtant déjà agir, car mes ressentiments s’estompent à l’instant où mon pied touche le tarmac. Nous nous rendons au comptoir de la société de location pour récupérer notre voiture. Le guichetier est drôle et accueillant, il nous remet les clés de la mini que nous récupérons quelques mètres plus loin sur un parking désert.

Volant à droite, rouler à gauche. Première difficulté. Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis une aventurière. Hors de question de venir en pays exotique sans tester les coutumes locales. Je me colle au volant. Mission de l’instant, retrouver Rox, son mari et nos autres amis qui ont déjà commencé les festivités dans quelques pubs de campagne à 40 min au nord-ouest de Cork. Nous ne sommes pas trop de deux pour appréhender les routes irlandaises. Christophe est un copilote rassurant et compréhensif, j’ai l’impression d’avoir tout juste obtenu mon permis de conduire.

Arrivée à Millstreet aux environs de 23h. C’est un charmant village, petit, très petit. Pas un touriste en vue, pourtant la rue est animée. Il y a sans doute autant de Pubs que d’habitants. Lorsque je retrouve dans ce paysage étranger ce petit bout de femme qui m’a rebattu les oreilles quinze ans d’affilés avec l’Irlande, je l’enlace tendrement et souffle de soulagement : « Quinze ans après, enfin, le rêve devient réalité, nous sommes réunies en Irlande toi et moi ! »

Le cidre pression est un délice, la bière est forte. La musique résonne dans chaque établissement. Nous sommes dehors, devant le Mc Carthy’s Pub. Juste à côté de nous, l’épais granit d’une croix celtique rend honneur Micheal Dineen, volontaire de l’I.R.A., tombé en 1923 sous les coups des forces britanniques. Donald, un peu éméché, s’est assis à nos côtés pour nous conter des histoires de chevaux et de braquage de banque. Si je peux m’enorgueillir d’un bon niveau en anglais, je constate que l’alcool facilite la communication, mais pas la compréhension.
Cette soirée me fait l’effet d’un feu d’artifice d’ouverture. Nous sommes dans un village et pourtant tout le monde est de sortie. D’ailleurs nous ne sommes pas étrangers, chacun nous salue avec enthousiasme. Kevin nous présente son oncle et nous souhaite la bienvenue, heureux d’utiliser les trois mots français qu’il connaît.
Il faut rentrer désormais, rejoindre le cottage déniché sur Airbnb, les jours qui suivent nous promettent encore plus de beauté.

Jour 2 – Samedi – Dé Sathairn

Levé de plutôt bonne heure, nous embarquons à bord des voitures de location pour rejoindre le comté de Kerry et faire un tour de la péninsule de Dingle. Le temps est … Irlandais. Un léger brouillard, une fine bruine, quelques rayons dorés rendent le paysage fantastique. Dingle au bord de l’Atlantique Nord. Nous nous arrêtons déjeuner dans un pub au beergarden coloré. J’y mange les meilleures moules de ma vie, fondantes, presque sucrées. Je me contente d’un peu d’eau, préférant préserver mon foie, mais goûte avec bonheur Lager et Stout locales commandées par les garçons. En ce début d’après-midi, nous décidons d’embarquer à bord d’un bateau pour aller à la rencontre de Fungie. Ce dauphin habite la baie depuis 25 ans et aime faire sa représentation. Star locale, nous avons la chance de côtoyer de prés le vieux poisson. La balade est agréable, les côtes nous offrent déjà un panorama sublime de criques dignes des plus grands méchants de James Bond et de vertes étendues parsemées de mouton en pâture.

 Retour à terre, nous empruntons la route qui longe la péninsule. Au déjeuner, nous avions vérifié la météo, la tempête Ernesto s’annonçait. Après avoir contemplé l’Amérique derrière le brouillard, de l’autre côté de l’océan, nous grimpons quelques collines pour découvrir les Beehives Hut, habitations de néolithique composées de pierres sèches. Encore plus loin, le vent se renforce et devant la promesse d’un château en haut d’une falaise, nous décidons de braver les forces naturelles pour le rejoindre. Quelle folie ! Chaque pas est un défi, le vent tantôt nous emporte, tantôt nous assomme. À défaut de château, c’est un petit bâtiment à côté d’un menhir dressé qui nous accueille au bout du périple. Je suis fière d’avoir surmonté mon appréhension. La vue que je trouve au bout de cet effort m’emplit de joie.

Au bout de notre périple, il y a le Gallarus Oratory.  Une chapelle construite par les premiers chrétiens où un délicat rouge-gorge a trouvé refuge. C’est dans la boutique attenante et trempé jusqu’aux os que mon mari m’offre une charmante croix de Saint Bridget en paille.

En fin de journée, nous retrouvons la chaleur d’un pub de Dingle. Nous dînons. Un Sea Chowder, consistante soupe de crème et de poisson accompagné d’un pain brun délicieux à la texture de quatre-quarts. La musique joue des airs traditionnels et nous faisons l’aimable connaissance de Christina, folle Irlandaise pleine d’enthousiasme ravie d’admirer les photos de nos bébés et qui, quelques verres plus tard, nous avouera que « FUNGIE IS PLASTIC ! » puis dansera joyeusement avec nos hommes.

Jour 3 – Dimanche – Dé Domhnaigh

La messe est à onze heures. Nous garons les voitures sur un parking de centre commercial à Killarney et participons à l’office présidé par des Fransciscains. Nous espérions un Full Irish Breakfast en guise de déjeuner, mais le Murphy’s, où nous nous engageons, n’en sert pas. Je testerai donc une Shepperd Pie à base de mouton puis leur excellent Chocolate and fudge cake. Le petit Jésus en culottes de velours.

L’après-midi nous réserve une surprise. Les voitures étaient garées sur un parking payant. Nous ne l’avions pas vu. Nous découvrons un petit mot sur nos pare-brise respectifs, mais au lieu d’amendes salées, la gentillesse irlandaise nous indique que nous devrons penser à payer notre stationnement la prochaine fois. Incroyable !

Le programme nous amène dans la réserve naturelle de Killarney. Un lac sublime, pour la vingtième fois nous entonnons Les Lacs du Connemara de Michel Sardou. Nous payons pour visiter Ross Castle. Il s’agit d’un bastion typique du Moyen âge. Maria, notre guide, est un puits de science, elle nous sait français et prend le temps d’expliquer avec clarté tous les petits secrets du bâtiment. Nous prenons des notes sur les astuces de construction des moyens de défense promettant de les reproduire dans notre maison fortifiée. Une visite fabuleuse.

Nous poursuivons avec la visite d’une sublime abbaye en ruines. Un if majestueux nous accueille et je ne peux réprimer mon envie de l’enlacer pour qu’il me prête un peu de son énergie centenaire. Cela fait rire Rox tandis que mon époux me suit dans cette étreinte sylvestre. Aux abords de l’édifice religieux, un charmant cimetière rappelle à notre mémoire les âmes défuntes. Les croix celtiques surgissent de terre, habillée d’une végétation abondante.  L’abbaye regorge de passages secrets et de pièces communicantes. Nos hommes se perdent dans les salles aux hauts plafonds et entonnent le chant du diable, en honneur aux légionnaires. Ils ne se doutent pas qu’un couple de visiteurs les écoute émerveillés par le rugissement de leurs voix viriles. Le cloître est lui aussi orné d’un arbre majestueux, la lumière est humide. Nous sommes hors du temps. 

Quelques kilomètres plus tard, nous nous enfonçons dans une forêt digne d’un roman de Tolkien. C’est à croire qu’un Hobbit surgira d’un moment à l’autre. Là, une majestueuse cascade laisse fantasmer la présence de nymphes.

Après cette journée où un émerveillement laisse place à un autre, nous passons notre soirée en ville. Killarney nous pousse un peu au hasard de ses ruelles. Nous prenons notre repas dans un restaurant. Le groupe de musique joue « Galway Girl » mais, la fréquentation très internationale et les tarifs subitement plus élevés laissent à penser que nous venons de découvrir un « trou à touristes ». Qu’à cela ne tienne, nous prendrons un dernier pot dans un pub. La musique, encore la musique. Puis la chaleur des Irlandais, fiers de leurs traditions et exaltés.

Jour 4 – Lundi – Dé Luain

Last day. Nous devrons rendre les voitures et prendre l’avion à Cork, nous restons donc dans les alentours de la ville. A onze heures, enfin nous dégustons notre Full Irish Breakfast. Saucisses, haricots aux tomates, bacon, pommes de terre et thé. Un peu plus au sud, c’est d’un air enjoué que mon mari foule le sol de Cobh. En 1912, le 11 avril, la R.M.S. Titanic y effectua sa dernière escale. Restant au large de Queenstown (nom de Cobh avant l’indépendance de l’Irlande) pour gagner du temps, deux tenders feront la navette pour débarquer quelques chanceux passagers et embarquer une poignée d’Irlandais rêvant d’une vie meilleure, en Amérique. Christophe est passionné par beaucoup de choses, le naufrage du Titanic et tout ce qui s’y rapporte en font partie. Lorsqu’il voit le film de James Cameron, il se fiche bien de l’histoire d’amour de Rose et Jack. Il râle en voyant que les scénaristes ont enfermé les troisièmes classes, erreur historique.

Après la découverte de la cathédrale Saint Coleman, nous visitons le musée consacré à cette petite part de l’histoire du Paquebot. Nos billets d’entrée nous attribuent le rôle d’un passager ayant réellement embarqué à bord du bateau. Je suis Delia McDermott, 31 ans, troisième classe. J’ai survécu au naufrage.

L’heure file à une vitesse bien trop folle. Sortant du musée, une charmante dame nous interroge sur notre expérience et la conversation se transforme en débat sur les ressemblances linguistiques entre irlandais et allemand. Il faut déjà partir.

Retour à Cork, l’avion nous attend. Rox nous met en garde, la chaleur des Irlandais nous manquera en France. Déjà dans la file d’attente, ces maudits français font démonstration de leur odieux comportement. Nous nous entichons d’un petit Irlandais qui pleure de fatigue dans les bras de sa maman. Nos petits bouts nous manquent, nous les retrouverons dans quelques heures.

Epilogue

Prenez donc un billet d’avion pour l’Irlande. Précipitez-vous ! Même si vous n’avez pas la chance de voyager avec une amoureuse inconditionnelle de l’Irlande, il y a fort à parier que vous tombiez sous le charme de cette terre et de ceux qui l’habitent. Voyagez donc avec l’émerveillement d’un petit enfant et le cœur léger prêt à s’emplir de toutes les beautés de notre belle Europe.   

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