Dépression post-partum

Dépression post-partum

C’était il y a 1 an.

J’ai retrouvé cette photo en triant les toutes premières que nous avons prises de notre fils. Si je l’avais vue à l’époque, je l’aurais sans doute supprimée illico. Elle n’est pas flatteuse, ai-je envie de garder ce souvenir ?
Avec le recul, je suis bien heureuse d’être retombée dessus. À peine l’ai-je aperçue que je me suis souvenue de l’état d’épuisement dans lequel je me trouvais. Je le savais, je savais à l’instant où je décidais de concevoir un bébé que ce ne serait pas de tout repos. J’avais les témoignages de ma grand-mère, de ma mère, de mes amies. Je savais qu’il n’y aurait plus de sommeil, que j’aurais envie de craquer. Mais l’expérience a été encore plus douloureuse pour moi.

Ce qu’il y a de mieux pour lui.

Oui, c’est ce que je voulais. Allaiter longtemps, le porter, l’accompagner avec bienveillance dans son développement. J’ai lu tous les articles disponibles sur internet pour comprendre pourquoi mon fils ne dormait pas et pourquoi je n’arrivais pas à le calmer. J’ai dévoré des dizaines de bouquins sur Montessori et autres méthodes alternatives. J’ai suivi des milliers de comptes Instagram de mères parfaites, bienveillantes avec des enfants merveilleux dans l’espoir de trouver des réponses. J’ai failli payer de parfaits inconnus une fortune pour qu’ils me donnent leurs secrets pour un bébé s’épanouissant bien. Mais j’allais mal, très mal. Je n’osais pas le dire. Parce que quand tu viens d’avoir un bébé, c’est le bonheur, c’est merveilleux et tu dois être heureuse, rien d’autre.
Je me suis enfoncée dans un marais de conseils aussi contradictoires les uns que les autres. Mes aïeules me disaient de le laisser pleurer, de lui donner le biberon. La société m’ordonnait de ne jamais le laisser pleurer et de l’allaiter des mois sous peine d’en faire un psychopathe, un terroriste ou un gosse fragile et toujours malade.

J’ai déconnecté. Mon cerveau s’est mis en veille et a cessé de fonctionner. J’étais nulle, une merde, une moins que rien. Je venais de traverser l’épreuve la plus difficile de toute ma vie, mettre un enfant au monde et malgré ça, je ne savais pas m’en occuper. Je ne pouvais plus m’en occuper. Le nourrir devenait un enfer, pour lui et pour moi. J’ai cessé d’allaiter, parce que je ne pouvais pas le laisser mourir de faim. Mais on est venu me rappeler que le lait maternel est ce qu’il y a de meilleur, quelle égoïste faisais-je donc que de donner un biberon pour avoir le confort de laisser Papa se lever la nuit de temps à autre à ma place ? (et pourtant même s’il se levait, c’était bien mon instinct maternel qui me réveillait 1 minute avant les pleurs et me gardait éveillée le temps de la tétée) J’étais une mauvaise mère et passé ce cap, je devenais pire, une horrible personne.

1 an. C’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre.

Pour avoir traversé une dépression post-partum, je voudrais que cette maladie disparaisse de la surface de la Terre, qu’aucune mère ne puisse jamais vivre cela. Ce n’est pas possible hélas! Alors je me contenterais d’apporter mon témoignage ici.

Être mère ne doit souffrir d’aucune injonction. Il n’y a pas de formule magique, aucun enfant ne se ressemble, aucun parent ne se ressemble. Personne ne saura jamais mieux que vous ce qui est bon pour vous et votre enfant. Lorsque vous serez perdues, vous pourrez demander conseil, essayer et si cela ne convient pas, revenir sur votre décision. Et ça commence même avant la naissance de votre enfant.

Accoucher à l’hôpital c’est bien, accoucher à la maison c’est bien. Voie basse, césarienne ? Péridurale ou non ? L’essentiel c’est que vous en sortiez en vie tous les deux (ou trois, quatre…)
Allaiter c’est bien, donner le biberon c’est bien. Ce qu’il faut c’est que votre enfant mange et grandisse.
Refuser de le laisser pleurer c’est bien, le laisser pleurer c’est bien. Cela n’en fera pas un égoïste trop couvé ou un terroriste sociopathe.

Mon fils a un an, et voilà tout ce que j’ai fait de « mal » depuis sa naissance.

Je l’ai laissé hurler seul dans son lit plus d’une heure.
Je l’ai levé, changé, habillé à 5h du matin lui disant que puisqu’il ne voulait pas se rendormir, la journée commençait pour lui.
J’ai crié « ta gueule ! » pour qu’il se taise.
Je l’ai fait dormir sur le ventre.
Je lui ai donné des boudoirs industriels pour l’occuper parce qu’il était agaçant.
J’ai tapé son front pour qu’il libère immédiatement mon bras de l’emprise de ses dents.
J’ai installé un jeu pour enfant sur mon téléphone portable pour qu’il cesse de crier en voiture.
J’ai laissé passer plus d’une semaine sans lui donner de bain.
Je lui ai mis des dessins animés pour qu’il me laisse tranquille.
Je l’ai posé au sol et laissé crapahuter en pleine rue.
J’ai fumé une cigarette alors qu’il était à côté de moi.
Je l’ai gavé pour comprendre pourquoi il ne montrait pas de signe de rassasiement.
Je lui ai fait goûter de la bière, du vin, du coca.
Je l’ai sorti par temps de pluie sans manteau.
Je l’ai fait vacciner.

Tout ça mis bout à bout vous laissera prompt à juger. Vous vous direz que ce n’est pas bien, que certains actes sont de l’ordre de la maltraitance. Si vous reconsidérez la chose et que vous intégrez le fait que ce ne sont pas des faits habituels ou routiniers, vous comprendrez que faire des erreurs, céder à la paresse ou à l’égoïsme, cela fait partie de l’apprentissage. En creusant ma mémoire pour écrire cette liste, j’ai également retrouvé toutes les pensées qui me passaient par la tête à chaque fois que je constatais mes erreurs.

Tu es nulle
Tu ne mérites pas d’avoir un enfant
Tu es une mauvaise mère
Tu es une mauvaise personne
Ton fils sera malheureux
Ton fils sera idiot
Ton fils sera dépressif, agressif, malade
Ton fils va mourir
Tu devrais laisser quelqu’un d’autre s’en occuper
Tu es une merde
Tu es une moins que rien
Tu es faible
Tu n’as aucune volonté
Ton mari va partir
Ton mari aura raison de partir
Tu devrais disparaître
Tu devrais te casser quelque chose pour laisser ton fils à plus compétent
Tu devrais avoir un accident de voiture
Tu ne mérites pas de vivre
Tu devrais mourir

Cette litanie vous choque ? Je l’avais en boucle de mon lever à mon coucher. Comme un démon enfoui décidé à me faire perdre pied. Le moindre écart à la parentalité « bienveillante » et le train partait et accrochait les wagons les uns après les autres. Il sautait de la falaise m’entraînant avec lui dans une mer déchaînée dont aucun effort ne pouvait me permettre de reprendre le moindre souffle. Une fois noyée, la crise de nerfs était à deux pas.

Je n’étais plus moi-même et encore moins lorsque j’étais en crise. Hystérie, hurlement, angoisse. Hors de moi, je devenais dangereuse. C’est là que j’ai commencé à avoir de l’empathie pour ceux qui maltraitent leurs enfants. Je me suis prise pour l’une des leurs, parce que j’avais ces images en tête. C’était très clair, je me voyais l’attraper, hurler, le secouer, le battre, le frapper contre un mur et lui exploser le crâne. J’avais ces images en tête et je me trouvais encore plus horrible, mauvaise, à éliminer. Avouer cela est dur et certains, lisant de travers ou refusant d’accepter la part d’ombre de l’esprit humain, me jugeront comme je l’ai fait par le passé. Ce n’est pas pour eux que j’écris cet article.

Non, si je témoigne, c’est pour toutes ces mères qui comme moi feront des erreurs, comme moi culpabiliseront et comme moi sombreront dans un état de maladie psychiatrique. Je l’écris parce que si comme moi, l’une d’entre elles, exténuée, cherche encore une millième fois sur internet une solution miracle pour calmer son bébé, mais surtout se calmer elle, elle puisse me lire.

À toi qui perds pied.

À toi qui es terrorisée par tes pensées, par ton immobilisme, par ton incapacité.
Tu n’es pas la première et tu ne seras malheureusement pas la dernière.
Tu n’es pas seule.
Tu n’es pas horrible.
Tu mérites de vivre.
Tu mérites l’amour de ton enfant et même s’il crie à cet instant, il t’aime, il t’aime plus que tout.
Parce que tu es sa mère.
Tu l’as déjà protégé 9 mois dans ton ventre.
Tu l’as accompagné en le mettant au monde et pour lui tu as déjà enduré mille souffrances.
Il t’aime et il a besoin de toi.
Il a besoin de TOI, pas d’un substitut et pas non plus d’une coquille vide qui te ressemble.
Si tu te sens comme une coquille vide, ce n’est pas grave.
Il a besoin de toi pour sa vie entière et il saura attendre que tu te reconstruises et que tu sois solide.
Il t’aidera même à le faire.
Il t’aime du plus bel amour qui soit, celui qui se transmet par le sang et qui n’a besoin d’aucune justification ni d’aucune condition.
Tu es fatiguée, épuisée, fragilisée.
Tu souffres en dedans et personne ne le voit, mais moi je sais combien tu souffres.
Il y a des solutions.
Il y a ceux qui sont autour de toi et qui t’aiment parce qu’ils sont de ton sang ou parce qu’ils l’ont choisi, mais eux aussi t’aiment.
Tu mérites cet amour.
Tu es une bonne mère.
Tu es une bonne personne.
Ce que tu penses quand tu sombres dans l’angoisse ne définit pas qui tu es.
Respire.
Ferme les yeux et souviens-toi qui tu étais avant que tout commence.
C’est toi, c’est là, ça n’a pas bougé.
Tu as juste besoin d’aide pour retirer la boue qui s’est collée dessus.
Appelle ta maternité ou appelle ton médecin et demande un rendez-vous en urgence.
Il n’y a pas de honte à avoir.
Tu es malade.
Il n’y a pas de règle.
C’est tombé sur toi, ç’aurait pu être ta sœur, ta mère ou ton amie.
Mais je t’en conjure, ne reste pas seule face à tout ça, ne t’enferme pas.
Parle avec ta famille, ton conjoint, tes amis. Il y a des solutions.
Ce ne sont que des sentiments temporaires.
Je ne veux pas te mentir, ils peuvent durer longtemps, mais ils sont temporaires, tant que tu vis, tu pourras trouver une solution.
Ça finira par passer.
Tu en viendras à bout.

Aux autres

À vous qui n’avez pas sombré, qui avez réussi à trouver un équilibre dans votre vie de mère. Soyez attentives, même si vous êtes convaincues que vos choix sont les meilleurs (et ils le sont, pour vous), souvenez-vous qu’ils ne conviendront pas forcément à toutes. Il semblerait que le monde de demain soit violent, nous, femmes, sommes le rempart contre cela et si bienveillance il doit y avoir, elle doit commencer par nous-mêmes et nos semblables.

À vous qui voyez combien votre fille, votre sœur, votre femme, votre amie souffre. Tendez-lui la main. Soyez patients. Elle reviendra. Elle s’en sortira, mais elle aura besoin de votre aide. De votre temps, de votre attention et de votre amour. Il ne faudra pas lésiner, il ne faudra pas abandonner, aussi long que cela puisse paraître.

Néandertal

Nous nous reproduisons depuis notre arrivée sur Terre. C’est inscrit dans notre ADN, nous savons comment faire et comment accompagner nos enfants vers l’autonomie. Nos ancêtres avant nous ont fait des erreurs. Nos enfants en feront également. Nous avons créé la technique, perfectionné ses systèmes, mais nous avons aussi notre instinct. Il faut laisser les deux cohabiter, prendre conseil, prendre exemple, mais ne jamais oublier de douter et de changer de chemin dès que cela nous paraît utile. C’est facile pour certains, les convictions sont solides et le chemin tout tracé. D’autres tâtonnent. Je suis de ceux qui sont dans le noir le plus complet. Mais mon petit ours, mon petit Gaulois, mon fils m’aime. Voilà ce dont je ne peux pas douter. Il me le montre chaque jour par son sourire, ses éclats de rire, son air ravi quand j’apparais dans une pièce. Il me le montre en me collant des coups de tête en guise de câlins et en voguant vers de nouvelles aventures chaque jour. Il m’aime malgré tout ce que j’ai pu lui faire subir alors qu’il n’a fait qu’un cycle de saison complet. Et il m’aimera tant que je l’aimerais. Il voudra s’opposer à moi, ne plus me voir, changer de maison ou même changer de Maman, mais il m’aimera toujours malgré cela. Parce que j’aime ma Maman malgré toutes les erreurs qu’elle a faites, malgré toutes les épreuves dont elle n’a pas réussi à me protéger, malgré toutes ces fois où je lui ai dit « je te déteste ».

Courage et honneur aux mères !

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