Parfum

Parfum

L’odeur du pain qui cuit lorsque je passe devant la boulangerie de mon village. En bonne gourmande, je pense qu’il s’agit d’une de mes odeurs préférées. Elle me rappelle mon enfance, lorsque Maman avait un client boulanger qui m’emmenait jouer à faire des animaux en pâtons de pain tandis qu’elle s’occupait de sa comptabilité. José m’a appris à faire des tortues et des lapins qu’il cuisait dans son four dont s’échappait une odeur de farine chaude.

Ysatis de Givenchy. Le design du flacon est un peu vieillot parce qu’elle l’a choisi il y a des années et n’en a jamais changé. À chaque fois que j’en perçois l’odeur, je me retrouve transportée dans un tendre câlin avec ma Maman.

La pluie sur le bitume chauffé au soleil. Un parfum d’été, de lourdeur qui s’apaise, de terre assoiffée puis soulagée.

L’odeur du feu de camp qui persiste sur les vêtements. Comme un souvenir refusant de disparaître.

Notre nez nous aime et nous aide, c’est lui qui nous indique si un plat est périmé, si du gaz s’échappe d’un conduit, c’est lui qui nous oriente les matins en direction de la cuisine pour y prend un bon café, du pain grillé. La vie sans odeur est une vie fade et il suffit d’un peu d’empathie pour imaginer la souffrance de ceux qui sont atteints d’anosmie. Je crois que de tous mes sens, c’est celui-ci auquel je tiens le plus.

Il y a quelque temps, Cheyenne-Marie Carron, reconnue pour son travail de cinéaste, se lançait dans une nouvelle aventure : le parfum. J’ai comme beaucoup suivi ses démarches, ses essais au travers des nouvelles qu’elle donnait de temps à autre sur Facebook. Puis est venu le grand jour, celui où elle a lancé son site, sa marque : Cheyenne-Marie Carron Parfums.

Le site est beau, au sens vrai du terme. Il nous transporte immédiatement dans l’univers de la créatrice. Un univers européen, enraciné, chrétien, païen, multiple. La couronne de laurier tracé sur la page d’accueil rappelle celle qui viendra orner le logo sur chaque flacon. Petit détail qui ne pouvait que me ravir. Ce symbole incarne une Europe triomphante, espoir dont nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais.

J’ai alors envoyé mon petit courriel comme elle conseillait de le faire pour lui demander des échantillons. Une fois reçu, je me suis empressée de tous les sentir en petite fille impatiente. C’est d’abord l’alcool qui m’est venu au nez. Évidemment, un parfum n’est pas insignifiant, il demande qu’on lui donne du temps, qu’on se concentre sur lui pour l’apprécier.

Moi qui utilise peu de produits parfumés, ce que je préfère, c’est mettre quelques gouttes d’une fragrance sur mon écharpe avant de partir travailler le matin. L’odeur se fixe sur le tissu puis se mélange avec ma propre odeur corporelle et dés que je fourre mon nez dans l’étoffe, c’est là que toutes les sensations m’envahissent.

Je suis une néophyte dans le monde du parfum, mais c’est un domaine où, il me semble, nous pouvons nous laisser guider par nos simples émotions et sensations pour découvrir ce qui nous plaît ou non. Ce que je vous livre là, ce sont des impressions personnelles et le parfum est quelque chose qui marque tellement une identité qu’il faut choisir le sien avec son cœur et sa passion et non en fonction de la mode du moment.

J’ai voulu me prêter au jeu et tous les essayer en conditions réelles.

J’ai lavé mon écharpe entre chaque essai, pour être certaine de ne pas avoir de pollution. J’ai même porté Mythique Légionnaire, pourtant clairement créé pour les hommes, un moment. J’aime assez l’idée qu’une femme, sûre de sa féminité puisse affirmer son caractère à travers un parfum viril. Mais Mythique Légionnaire est trop musqué pour moi, aussi l’ai-je vite testé sur le coup de mon homme : ça marche mieux ainsi, il s’en dégage une odeur de sécurité, de force.

Le Parfum d’Yseult m’a transportée au printemps, où les jeunes filles amoureuses deviennent séductrices.  La touche acidulée me rappelle l’odeur des bonbons et ce sont des images d’innocence qui s’invitent dans mes pensées. Je pense que j’aurais porté ce parfum à 20 ans, mais procédant à des essais plus avancés, j’ai compris combien notre caractère évoluait au fil du temps et de l’expérience.

Si, a priori, Soleil Païen m’envahissait immédiatement de pensées agréables, un effluve d’été sucré, une sensation de chaleur sur la peau, c’est Marie qui m’a le plus enchantée. Plus fleuri, ce parfum m’a évoqué la maternité, à n’en pas douter, et c’est amusant, car j’ai découvert qu’il avait été inspiré à Cheyenne-Marie Carron par sa propre mère.

Folk est plus sophistiqué, boisé et frais. Il correspond moins à ma peau et à mon goût puisque j’ai réalisé que lorsque je le portais j’avais moins souvent le nez fourré dans mon étole.

J’ai beaucoup aimé me prêter à cet exercice de test des parfums. Plus jeune, je me fichais un peu de tout ce que l’on pouvait mettre derrière un choix qui me semblait aussi superficiel. J’ouvrais l’échantillon, reniflais, cela me plaisait, tant pis, sinon, au revoir et à jamais. Mais dans ce cas, même avant de humer les fragrances, je savais que ces parfums étaient le résultat d’une recherche passionnée, je me devais donc d’y accorder du temps.

 

J’aime beaucoup découvrir des initiatives, des nouveaux créateurs ou tout type de travail qui implique un désir de se reconnecter les uns aux autres, à notre passé, nos traditions, notre culture ou qui se place en marge de la société d’hyperconsommation. Si jamais vous avez une entreprise, une initiative, une association, un créateur à me faire découvrir, j’en serais ravie.

Je vous invite à tester les parfums de Cheyenne-Marie Carron, à vous en imprégner et à découvrir celui ou ceux qui sont faits pour vous. De mon côté, le choix est fait, je pense transmettre les échantillons à ma mère pour qu’elle y goûte et je vais patienter un peu pour me faire offrir un flacon.

Sursum corda !

 

Illustration : Lauriers en fleurs – Valérie Lavigne – La Reine Grenouille

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