Si mon mari et moi nous entendons sur beaucoup de domaines, il en est un qui nous sépare assez régulièrement : le cinéma. Loin du cliché homme/femme, action/comédie romantique, je dois avouer qu’il est souvent compliqué pour nous de nous mettre d’accord sur les titres à visionner lors de nos soirées ciné. Le choix, souvent après maintes négociations plus ou moins réussies, revient à celui qui aura fermement décidé de refuser la concession.

Dans un cas :

Lui : « Allez ! S’il te plait, ça fait longtemps que je n’ai pas vu Titanic ! »

Moi : « Ok, mais cette fois pas besoin de faire un cours d’histoire supplémentaire, interdiction de proposer le naufrage en durée réelle sur youtube en guise d’after, et si je m’endors, tu me laisses dormir. »

Dans l’autre :

Moi : « Si on veut avoir des enfants, il faut bien savoir ce qu’on leur fera regarder, en plus La Reine des Neiges c’est hyper-européen ! »

Lui : « Ok, mais si tu reprends les chansons en chœur, je te préviens, je me casse ! »

Le jour où il m’a proposée de regarder Agora d’Alejandro Amenabar, de drôles de souvenirs de cours d’espagnol me sont revenus. J’ai cherché le synopsis sur Wikipédia (personne n’est parfait) puis vite compris qu’Amenabar n’avait rien à voir avec Almodovar, mais les premiers mots décrivant le film ne m’ont pas pour autant rassurée : « péplum philosophique hispano-maltais », pas très sexy. Puis mon homme m’a expliqué : « c’est un film sur Hypatie d’Alexandrie ». Hypa-qui ?

La déception que j’ai lu dans son regard à cet instant aurait pu tout détruire entre nous, mais c’est un homme patient.

Cette longue histoire pour introduire le premier Portrait de Femme de cet article :

HYPATIE D’ALEXANDRIE

Ce qui m’intéresse dans ce portrait n’est pas tant la véracité historique de la vie de cette femme mais bien ce qu’elle représente. Hypatie a, selon moi, tout de l’icône féminine qui devrait nous inspirer.  En ces temps troubles (à prononcer avec un ton sombre), les repères des jeunes filles se multiplient mais nous savons bien que quantité ne rime pas avec qualité. Puisque le féminisme contemporain s’évertue à détruire tout sens naturel dans les relations humaines, j’ai décidé de lui mener une guerre sans pitié. Afin d’appuyer mon discours, parler de figures féminines fortes me semble pertinent.

Hypatie est donc née à Alexandrie au IVème siècle. Elle est la fille de Théon d’Alexandrie, dernier directeur du Musée de la Bibliothèque d’Alexandrie (rien que ça). Papa est un mathématicien et naturellement, il donne à sa fille une éducation approfondie. Mathématique, philosophie, sciences, éloquence, astronomie, … Hypatie est une femme érudite, elle développe ainsi son esprit critique. C’est une femme vertueuse, habile, sage et civile. C’est ainsi que la présente Socrate le Scolastique, historiographe chrétien, son contemporain. Hypatie est une femme très respectée. Après avoir reçu la science de grands savants (tels que Plutarque), elle enseigne à son tour puis dirige l’école d’Alexandrie.

Mais tout le monde le sait, il faudra attendre Mai 68 ou les premiers soutien gorges brûlés pour que les femmes soient enfin considérées dans ce monde horrible patriarcal. Je digresse.

Hypatie d’Alexandrie

Hypatie est une figure de l’intelligence féminine dont le rayonnement s’étend au-delà d’un cercle philosophique restreint.

L’époque où elle évolue est complexe. Oreste, chrétien, alors préfet d’Alexandrie, s’oppose à Cyrille, Patriarche d’Alexandrie. Ce dernier mène un combat contre le paganisme, le judaïsme et le christianisme hérétique. Une querelle naît entre le séculier (Oreste, pouvoir temporel) et le régulier (Cyrille, pouvoir religieux). Oreste refusant de céder aux volontés de Cyrille.

Ce désaccord entre les deux pouvoirs divise la population en deux clans.

Au milieu de ces troubles, Hypatie reste une figure forte, puissante et juste. Païenne, elle enseigne à des disciples de toute confession.

C’est cette opposition de deux mondes et l’intelligence de son comportement face à cela qui conduira Hypatie à sa perte. Amie d’Oreste, elle est accusée d’être sa proche conseillère. Païenne, elle aurait une forte et mauvaise influence sur lui. C’est à elle qu’on attribue le refus de celui-ci de traiter avec Cyrille.

Pour ces faits, elle sera lynchée par la populace en place publique. Dévêtue, lapidée, puis son corps mis en pièce déplacé hors de la ville avant d’être brulé. (Une époque formidable !)

Hypatie est une martyre païenne. Ou bien n’est-ce pas si simple ? Hypatie est avant tout la victime d’une ère au contexte déjà difficile, où le monde chamboulé par de multiples causes cherchait sa voie.

SAINTE CATHERINE D’ALEXANDRIE

L’histoire d’Hypatie d’Alexandrie n’est pas sans rappeler celle de Sainte Catherine d’Alexandrie.

Cette savante chrétienne a vécu entre le IIIème et le IVème siècle. Fille de noble, elle est instruite et si bien que ses connaissances et son sens de la rhétorique égalent celui des plus grands poètes et philosophes de son époque.

Témoin d’une séance d’apostasie chrétienne demandée par l’empereur Maxence, Catherine s’oppose à lui. Elle tente de convaincre l’empereur de l’existence du Dieu unique et use pour cela de tout son savoir. Maxence ne peut réfuter Ses arguments mais refuse malgré tout la vérité. Il convoque les cinquante plus grands savants et philosophe de l’Empire et leur promet de les récompenser s’ils parviennent à vaincre le raisonnement de Catherine. Encouragée par un ange du Seigneur, Catherine accepte le défi. Sa sagesse réussit à faire taire les orateurs que Maxence décide aussitôt de brûler au milieu de la cité (une époque formidable vous disais-je !).

Finalement, séduit par la sapience et la beauté de Catherine, il lui offre de l’épouser. Catherine refuse, arguant qu’elle sera seulement l’épouse du Christ. Maxence, mauvais joueur, la fait alors dévêtir, frapper à coups de crocs de fer puis la jette au cachot pendant 12 jours sans alimentation. Durant l’absence de l’empereur, le Seigneur envoi chaque jour des colombes pour nourrir Catherine. A son retour, Maxence la retrouve pimpante et réitère sa demande en mariage. Catherine, constante, refuse à nouveau.

 

Sainte Catherine d’Alexandrie

 

Nouveau supplice pour Catherine : quatre roues surmontées de scies de fer et de clous prévues pour déchirer et broyer son corps. La vierge prie le Seigneur pour que la machine soit détruite, ce qui fut fait par un ange.

Maxence, devant tant de supériorité … propose à nouveau à Catherine de la prendre pour femme (tenace !).

Nouveau refus, cette fois, c’est la décapitation qui attend la future Sainte. Le jour de l’exécution, Catherine prie Dieu et il lui fait savoir que la porte du ciel l’attend. Une fois décapitée, c’est du lait qui jaillit du cou de Catherine en guise de sang. C’est alors que des anges apparaissent et transportent le corps de Catherine pour l’enterrer sur le Mont Sinaï.

Sainte Catherine d’Alexandrie sera l’une des Saintes qui guidera Jeanne d’Arc vers la reconquête de la France.

Femmes fortes

Hypatie et Catherine, deux images antiques, deux femmes fortes qui n’avaient pas besoin d’émasculer des hommes pour montrer leur supériorité au monde entier, deux femmes qui font face à leurs bourreaux avec fierté et magnanimité.

Comparons-les aux images féministes de notre monde moderne : Beyoncé qui chante « Who run the world, girls » en justaucorps moulant, des bandes de harpies qui sortent leurs seins en hiver, Miley Cyrus, Caroline Fourest, … Merci de rechercher le mot Dignité dans le dictionnaire, vous n’y trouverez pas leur portrait.

La fin de nos deux icônes n’est pas enviable me direz-vous. Elles auront au moins vécu leur engagement avec humilité, noblesse et respectabilité. Leurs morts sera le panache que les femmes d’aujourd’hui devraient prendre pour modèle de sacrifice. Alors non Mesdames, Mesdemoiselles, inutile de courir hors la rue afin de réclamer un châtiment quelconque, mais songez à toute la force que notre féminité nous apporte.

 

 


3 commentaires

Papy Jean · 27/01/2017 à 07:05

Tout d’abord c’est bien écrit ,puis cette histoire est trés « séduisante » ,ou l’on a envie l’approfondir. Mais on voudrai bien connaitre la part de vérité historique. A mon age il me faut faire des choix pour trouver le temps de lire tout ce qui peut m’intéresser,et je m’intéresse à « trop » de choses…..

    Reine Grenouille · 27/01/2017 à 18:35

    Ce que je dis sur Hypatie dans l’article est historiquement vrai, je n’ai simplement pas voulu trop approfondir l’histoire de sa vie car je ne suis pas historienne et qu’effectivement certains détails ne sont pas évidents à aprehender même pour les historiens.

    Merci pour ton soutien Papy.
    Gros bisous

Mathilde C · 31/01/2017 à 10:54

J’aime ton blog !! Tu écris bien, tes sujets sont intéressants et poussent à la réflexion et au moins tu dis ce que tu penses en pensant ce que tu dis !! Continue comme ça Valérie !!
PS : j’espère que tu vas bien depuis le mariage (faut que je te raconte mes changements de vie..)

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