Certains de nos ancêtres sont partis il y a bien longtemps vers une terre promise où tout (re)commencer. Une terre inconnue, des paysages nouveaux. J’ai eu l’occasion de visiter la jolie citadelle de Brouage il y a quelques années. Ville de naissance présumée du géographe Samuel de Champlain qui a pris part à la fondation de la Nouvelle-France. Une visite que je conseille à tous si vous devez traverser la Charente-Maritime, non seulement pour la beauté du site, mais pour l’histoire qui se dégage de ces vieilles pierres, et pour cet horizon qui nous fait un peu rêver

Acadie, Québec, Nouvelle-Orléans … et même plus au sud, Mexique, Colombie, Argentine …

L’Amérique que nous connaissons aujourd’hui a été bâtie par les Européens qui ont quitté leur terre natale dans un désir de vie nouvelle.

Bien, mal, ce n’est pas la question que je poserai dans cet article. Cependant, je laisserai à chacun le soin de ne pas se jeter trop vite dans le manichéisme.

L’Amérique du Nord, tout particulièrement, me fascine tout autant qu’elle m’effraie. Il y a là-bas toute une branche de l’Histoire européenne. Pourtant, lorsque je vois ces pays capitalistes défendant l’hyper-consumérisme, j’angoisse, je l’avoue. Mais, heureusement, le tableau n’est pas si noir et je me retiendrai de faire davantage de commentaires.

Depuis quelques mois, les États-Unis sont aux prises avec plusieurs manifestations durant lesquelles s’affrontent patriotes américains et extrême gauche. L’objet de la discorde : la plupart des mémoriaux confédérés qui parsèment le pays sont menacés de disparition. Ces monuments représenteraient un passé raciste, esclavagiste, uniquement.

Je ne suis pas particulièrement passionnée par le sujet. À vrai dire, le regard que je porte sur la guerre de Sécession se limitait vaguement à Autant en emporte le vent avant d’épouser un passionné d’histoire militaire.

Ces dernières semaines, mon mari a ressorti ses bouquins sur le sujet, il écoute en boucle des chants entonnés par les soldats à l’époque et tente de réécrire l’Histoire en rejouant les plus célèbres batailles sur un jeu vidéo.

Résultat, j’ai inconsciemment commencé à m’intéresser davantage à ce sujet et j’ai découvert le destin exceptionnel d’une femme de cette époque : Loreta Janeta Velazquez.

 

Naissance et famille

Loreta Janeta Velazquez est née à La Havane, le 26 juin 1842. Elle est issue d’une famille cubaine aisée. Son père est un officiel du gouvernement espagnol qui possède plusieurs plantations au Mexique et à Cuba. Il cultive une certaine rancœur envers les États-Unis après avoir perdu dans la guerre Americano-Mexicaine un ranch dont il avait hérité.

En 1849, il permet malgré tout à Loreta de partir vivre à la Nouvelle Orléans (encore de culture française) avec sa tante. Elle y apprendra l’anglais et découvrira les contes de fées ainsi que les grandes histoires d’héroïsme. Le personnage de Jeanne d’Arc l’inspire tout particulièrement.

À 14 ans, elle est fiancée à un Espagnol. Un mariage de raison est prévu. Mais elle s’enfuit finalement avec un officier texan de l’armée américaine du nom de William. Cette décision sera évidemment très mal perçue par sa famille, en particulier par son père. Elle s’éloigne alors définitivement d’eux.

Elle aura trois enfants avec William, les trois mourront en bas âge.

 

Guerre civile américaine

Lorsque la guerre civile est déclenchée, en 1861, le mari de Loreta démissionne immédiatement de l’armée régulière pour rejoindre les forces confédérées. Leur engagement dans cette guerre leur permet de trouver un nouveau combat à mener, pour leur terre. Loreta Velazquez veut elle aussi rejoindre les armées confédérées. William aide alors sa femme à se travestir. Ainsi, il l’autorise à sortir un soir avec lui. Il est persuadé qu’en constatant le comportement des soldats, elle sera dissuadée. Au contraire, son désir ne fait qu’augmenter. Malgré tout, elle échoue à convaincre son mari de la laisser le rejoindre et décide alors de partir pour l’Arkansas. Là, elle prend le nom d’Harry T. Buford et revêt l’uniforme gris.

Elle réussit à recruter 236 hommes qu’elle veut mener à son époux pour les placer sous son commandement. Malheureusement, William meurt dans un accident alors qu’il fait une démonstration de maniement des armes devant ses troupes. Cet évènement renforce Loreta dans son désir d’intervenir dans cette guerre.

Sa première expérience du combat a lieu durant la première bataille de Bull Run. En parallèle de sa vie de soldat, elle fait plusieurs voyages à Washington, où, retrouvant ses jupons, elle espionne l’Union.

Au Tennessee, elle se bat durant le siège du Fort Donelson jusqu’à la reddition. Elle est blessée, mais réussit à garder son identité secrète.

À Shiloh, elle rejoint le bataillon qu’elle avait levé en Arkansas et combat à leurs côtés. Après deux longs jours, alors qu’elle aide à enterrer les corps des soldats morts, elle est touchée par un éclat d’obus. Grièvement blessée, elle doit être examinée par un médecin de l’armée, c’est alors que sa fausse identité est découverte.

Elle s’enfuit à la Nouvelle Orléans. Elle assiste à la prise de la ville par le General Butler, victoire de l’Union. Elle abandonne ici son uniforme.

Plus tard, à Richmond, la capitale sudiste, les autorités l’engagent à nouveau comme espionne. Elle commence alors un grand voyage à travers tous les États-Unis, prenant son rôle à cœur. Anecdote cocasse : elle est également engagée par le Nord avec pour mission de se retrouver elle-même. En Ohio puis en Indiana, elle tente d’organiser la rébellion de prisonniers de guerre confédérés.

Et après …

Après la fin de la guerre de Sécession, Loreta Velazquez épouse le Major Wasson et émigre avec lui au Venezuela. Lorsqu’il meurt à Caracas, elle retourne aux États-Unis pour donner naissance à un petit garçon. Sans le sou, elle décide d’écrire un livre relatant ses aventures en tant que soldat travesti de l’armée confédérée. Il sera édité en 1876 et lui permettra de subvenir aux besoins de son fils. Elle s’engage activement dans la vie publique et politique et s’implique dans le journalisme et l’écriture.

Elle meurt en 1897, la date et le lieu exact ne sont pas connus.

Conclusion

Loreta Janeta Velazquez est une femme parmi tant d’autres qui s’est battue durant la guerre de Sécession. Beaucoup se sont travesties, au Nord comme au Sud. D’autres ont soigné, nourri ou ont juste pris le relais dans la gestion du foyer (surtout au Sud, l’exemple de Scarlett O’Hara est peut être fictif, mais il n’est pas pour autant irréaliste).

Souvent en Histoire, les faits sont décrits très synthétiquement, les guerres sont réduites à l’opposition de deux camps et le manichéisme ambiant nous désigne qui sont les bons et les méchants. Pourtant, tous ces évènements méritent que nous nous plongions parfois dans le détail pour comprendre à quel point l’Histoire est complexe.

La preuve en est avec l’histoire de Loreta. Cette Latine prend part au conflit pour défendre un bien précieux : son appartenance au sud. Pourtant ce n’est pas sa terre natale, la terre de ses ancêtres, mais au moins celle de son époux et de ses enfants, quoique partis trop tôt.

De toutes les batailles, ce sont des hommes et des femmes qui défendent une cause. Si elle ne nous apparaît pas forcément juste, elle l’est pour eux, sinon, pourquoi risquer sa vie ?

C’est la même idée que nous retrouvons dans le personnage de Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent. Un personnage féminin extrêmement bien travaillé et humain. Scarlett a un caractère bien trempé, mais surtout elle a des qualités comme des défauts. Si elle peut se montrer « salope », elle garde malgré tout au cœur un seul et véritable amour : sa terre.

« La terre c’est la seule chose qui compte, la seule chose qui dure. Il vous reste une raison de vivre plus forte que votre amour pour moi. C’est de la terre que vous tirez votre force, la terre rouge de Tara. La terre c’est la seule chose qui compte. « 

Tara

Le discours sur la guerre de Sécession est souvent le même : les gentils du Nord voulant stopper l’esclavage ont gagné contre les méchants du sud, blancs, très blancs, et riches, très riches qui aujourd’hui encore sont d’horribles néonazis faisant tous partie du Klu Klux Klan (oui, je caricature volontairement).

J’espère que ce portrait de Loreta Velazquez aura fait tomber quelques clichés et vous aura donné envie d’en apprendre plus sur ce conflit fondateur de l’Amérique contemporaine. Et si jamais vous regardez une énième fois Autant en emporte le vent, observez bien comment Scarlett est souvent remise à sa place par Mamma.

 

Inspirons-nous de ces héroïnes, réelles ou fictives.

 


 

Références sur le thème :

Films
Gods and Generals, de Ron Maxwell, 2003
Gettysburg, de Ron Maxwell, 1994
Autant en emporte le vent, de Victor Fleming, 1939
Les Proies, de Don Siegel, 1971

 

Livres
Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell, 1936
Le Blanc soleil des vaincus, Dominique Venner, 1975
La Guerre de Sécession, James McPherson, 1988

Musique


6 commentaires

Matylde · 02/09/2017 à 17:19

https://unodieuxconnard.com/2017/08/17/lhistoire-en-marche-arriere/

ça devrait t’intéresser !

    Reine Grenouille · 10/09/2017 à 17:57

    Oui, je l’ai lu!

Papy Jean · 05/09/2017 à 07:39

Récit très interéssant ,et bien écrit bien sur..Nous avons des ancètres qui sont allés an Amérique (en 1923 un héritage venant de la Californie à en trouvé un grand nombre) ,en Afrique du nord (mon grand père paternel est né à Palestro), d’autres en Espagne. Pour ce qui est de l’histoire je la situe surtout à son origine avec la colonisation espagnole (les conquistadores) ,l’extermination Maya et l’exploitation négrière, la découverte de l’Amérique n’a pas que des retombées « positives »….Ce qui n’empèche pas les engagement et les actions courageuses de part et d’autres Mais sa c’est mon point de vue

    Reine Grenouille · 10/09/2017 à 18:00

    C’est l’idée, il y a des retombée positive et négatives. Pour moi, les USA sont surtout et avant tout fondés sur le génocide de la population autochtone ce qui n’a rien de reluisant. Mais ce qu’il y a de fascinant, c’est que l’Histoire est à la fois faite de grands évènements et de petites vies d’hommes et de femmes qui ont à un moment donné pris parti. Histoire et philosophie sont très liées mine de rien.

Lorrain · 07/01/2018 à 13:59

« les États-Unis sont en prise à… » : je pense que vous vouliez dire SONT AUX PRISES AVEC…
D’autre part, la défense de notre civilisation passe par le maintien de son orthographe :
« la civilisation que nos ancêtres ont bâti » : ont BÂTIE ;
« Autant de thème que j’aborderais » : que j’aborderai.
(Votre blog, que je viens de découvrir, a l’air tout à fait passionnant.)

    Reine Grenouille · 07/01/2018 à 14:23

    Merci pour vos corrections, j’ai immédiatement apporté les modifications nécessaires.
    En espérant pouvoir continuer de vous passionner tout en m’améliorant.

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