En tant que Catholique pratiquante, je me suis souvent posé la question : comment les prêtres font-ils pour tomber si juste lorsqu’ils donnent un sermon ?

Je m’explique, j’ai le sentiment que chaque dimanche, le sermon de mon prêtre est particulièrement ajusté aux interrogations qui me tracassent à la période donnée. Mon sens rationnel voudrait que mon esprit soit particulièrement enclin à interpréter l’homélie en fonction de mon état émotionnel présent. La petite-fille de 4 ans en moi préfère imaginer que nos anges-gardiens viennent visiter nos prêtres dans leur sommeil pour leur inspirer les sermons dont nous avons particulièrement besoin.

Je vous ai parlé de ma dépression post-partum, mais je ne vous ai pas tout avoué : celle-ci est allée de pair avec une crise de foi carabinée.

Je ne voulais plus aller à la messe, c’était trop dur, et lorsque mon mari m’y traînait de force, j’étais dissipée, inattentive. Un jour il m’a posé la question : « Qu’est-ce qui se passe avec la messe ? » et ma réponse, d’abord incertaine, a fini par se clarifier : « Je ne vois pas bien comment le Bon Dieu pourrait m’aimer, je suis détestable. Je ne suis pas à ma place dans les églises. »

C’est la phrase la plus difficile que j’ai eu à prononcer, et pourtant c’était ce que je pensais chaque matin au lever, chaque soir au coucher. En plus de perdre confiance en moi, j’avais perdu confiance en Dieu.

Une fois ce problème identifié, j’ai écouté mon mari qui m’a rappelé ce que je lui disais au tout début de notre relation : « quoi que tu fasses, même si tu le refuses, le Bon Dieu t’aimera toujours, c’est lui qui t’a créé, c’est lui qui t’a voulu tel que tu es, il a confiance en toi et en tes capacités ». Alors je m’en suis remise à lui. Avant de m’endormir le soir, je fermais les yeux et je m’imaginais petite, toute petite, minuscule. Le Christ venait alors m’enlacer de ses immenses bras chauds et me dire « Je ne permettrais aucune épreuve que tu ne puisses surmonter. »

J’ai raté mon Carême, somme toute, à moins que je ne l’aie réussi ?

Juste avant Pâques, je ne sais à quelle occasion, j’ai entendu cela : « Si ton cœur te condamne, souviens-toi que Dieu est plus grand que ton cœur.  » Ce n’était pas la première fois que j’entendais cette phrase, mais cette fois-ci, elle a raisonné en moi comme mille cloches un jour de fête. Je devais me confesser pour retrouver une certaine paix en moi.

C’est dur de se confesser, très dur. Parce que nous sommes face à nos pires défauts, nos pires travers et nous devons les avouer en sincérité à Dieu, mais surtout à un prêtre. Cet aspect du catholicisme m’a souvent déstabilisée, pourquoi un simple homme devrait se mêler de ce qu’il y a entre le Bon Dieu et moi ? Mais cette dernière confession m’a fait comprendre que ce simple homme était là pour me reconnecter à Dieu, servir de médiateur physique, réel, palpable*, un homme qui a voué sa vie au Christ pour le servir, un homme qui pouvait m’aider, vraiment.

La paix n’est pas revenue, pas comme ça, pas d’un coup. Il y a encore beaucoup en moi qui m’accuse. Malgré tout, j’ai la sensation d’avoir trouvé un chemin pavé, confortable, défriché, un chemin préparé par le Christ pour m’aider à ma relever avant d’affronter la vie dans sa plus grande violence.

Le résidu principal de mon mal-être : mon corps. Transformé par la grossesse, mais ce n’est pas tant ça qui me chagrine. Gros, c’est vrai, qu’à cela ne tienne, il l’a toujours été. En fait, il a toujours été un problème, j’avais fini par faire la paix avec lui, par l’accepter et le laisser tranquille. Après avoir redécouvert le sport, perdu 40kg et éliminé une relation malsaine avec la nourriture, je pensais que plus jamais je ne le ferais souffrir comme j’ai pu le faire par le passé. Pourtant voilà qu’il m’insupporte de nouveau. Ce chiffre sur la balance, bijou électronique connecté, ce putain de chiffre sur la balance et cette culpabilité permanente chaque fois qu’un aliment entre dans mon gosier.

Cette fête de l’Ascension a été tout particulièrement importante pour moi. Un jeudi comme toujours, 40 jours après Pâques. Les catholiques se rassemblent pour célébrer l’élévation au ciel du Christ. Ce fut cette année l’occasion pour notre prêtre de nous parler de notre corps.

En commençant ce blog, j’avais pour but de défendre un mode de vie enraciné, de faire la part belle a nos traditions, à notre histoire, à tout ce que nous pouvions faire pour que notre quotidien ait du sens et que nous suivions les pas de nos ancêtres avec une vision holistique de la vie. Vision qui nous est dérobée par le monde moderne. J’ai parlé cœur, âme, esprit, mais peu du corps. Je rectifie le tir.

De notre naissance à notre mort, nous vivons grâce à notre corps. Il est complexe, imparfait, pourtant essentiel. Beaucoup d’Occidentaux confessent avoir un rapport difficile avec leur corps. C’est un thème récurrent et on fustige souvent la « morale judéo-chrétienne ». Les catholiques sont souvent vus comme d’étranges personnages renonçant à tout plaisir de la chair pour se concentrer sur leur âme. Voilà ce qu’a dénoncé monsieur l’abbé ce jeudi. Nous sommes également faits de chair, notre corps n’est pas un simple véhicule de location, lui aussi est appelé à devenir saint.

Je ne m’étendrai pas davantage sur la théologie du corps, car je ne suis pas assez savante pour me le permettre.

Ce que je peux constater néanmoins, c’est que le corps a perdu sa fonction première. Il n’est plus aujourd’hui qu’un objet qu’on façonne selon sa volonté ou que d’autres convoitent. La société a fait de nos corps des esclaves de la consommation.

Fitness
Faire du sport, c’est bon pour la santé et pour l’esprit. L’activité physique en général. Mais aujourd’hui, nous sommes condamnés à nous enfermer dans des salles climatisées pour transpirer sur des machines et encore faut-il avoir les sous pour cela.

Régimes
Plus vraiment à la mode, les régimes amaigrissants font place à la dictature de « l’équilibrage alimentaire » qui en soi n’est pas une mauvaise chose. Pourtant voilà qu’on en fait un nouveau marché, monétisant ce qui devrait être inné. Si nous n’avions pas été détraqués par les propagandes successives de l’industrie agroalimentaire, nous ne devrions pas avoir besoin de réapprendre tout cela.

Sexualité
Libérée, mais soumise à une nouvelle norme. S’aimer charnellement est un acte beau, sublime même. Mais aujourd’hui déconnecté de toute histoire de reproduction, le sexe n’est plus que récréatif. Il n’y a plus de « risque », il devient une compétition comme une autre, le corps devient lieu de toutes les expérimentations, à la recherche de ce qui manque.

Nous n’avons plus aucun respect pour nos corps, alors nous n’avons plus de respect pour le corps des autres.

Pourtant nous devrions célébrer nos corps, les choyer, les protéger. Ce sont les seuls que nous ayons, ce sont eux qui donnent le premier ton lorsque nous faisons de nouvelles rencontres. Ce sont eux qui peuvent le mieux nous conseiller sur ce qui est bon pour nous. Ils nous parlent, nous disent lorsque nous avons mal, faim, lorsque nous sommes fatigués. Ils nous alarment en rougissant, en séchant, en grinçant. Ils sont l’interface que nous montrons aux autres. Ils sont aussi précieux que nos cœurs, nos esprits et nos âmes et nous ne devons pas les gaspiller.

Ce que je partage avec vous n’est qu’une piste de réflexion. Ma modeste expérience d’une simple homélie m’a permis de porter un regard différent sur ce corps que j’ai si souvent maltraité. Comme si mon ange gardien était allé prévenir monsieur l’abbé pour qu’ils trouvent les mots qui me reconnectent à la réalité naturelle. Ce corps est le mien, il n’est pas parfait, il porte les stigmates de mon passé parfois malveillant, mais je prends la ferme décision de l’écouter désormais et d’avancer dans la vie avec lui et non contre lui.

 

Illustration de l’article : Croquis – Valérie Lavigne – La Reine Grenouille

 

 

Catégories : CorpsFoi

1 commentaire

Gardetto jean · 14/06/2018 à 06:35

Comme toujours tu traduits bien ta pensée avec une ecriture simple et concise ,et ton cheminement spirituel est positif . Au plus profond de notre âme notre ange gardien est présent et nous guide ,encore faut il le sentir et l’écouter.…..

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