(Je vous annonçais la grande nouvelle ICI)

« Tu es enceinte, pas malade »

Voilà bientôt 6 mois complets que ce nouveau petit être humain a fait son nid au creux de mon ventre pour s’armer contre l’extérieur, et je ne compte déjà plus le nombre de fois où j’ai entendu cette phrase.

Étonnamment, 50% des personnes ayant prononcé ces mots ne sont pas en possession d’un utérus, 30% n’ont jamais porté d’enfant et 20% ont accouché en 15 min dans une explosion de paillettes.

En effet, ce qui est dit n’est pas faux. Dieu merci, la grossesse n’est pas une maladie et n’est qu’un passage temporaire de la vie d’une mère. Croyez-moi, j’aurais voulu tenir sur ce blog un discours ultra-positiviste sur la grossesse et sur la maternité, j’aurais voulu vous dire que ce n’est qu’un long moment de bonheur qui donne envie de couver sa vie entière. Certaines mères ont d’ailleurs eu la chance de vivre cette période comme un émerveillement constant, pas moi.

Je vous parlais déjà des quelques désagréments que j’ai pu subir au premier trimestre, et tout le monde me rassurait : « ça ne va pas durer, le 2ème trimestre est le meilleur, tu seras épanouie ».

Personnellement, mon épanouissement est allé se perdre dans une jolie dépression périnatale soignable uniquement à coup de granules homéopathiques et de « gestion du stress ».

Pour résumer la situation, j’ai broyé du noir, commencé à me couper du monde et passé ensuite les trois quarts de mon temps à me dévaloriser. Parce que justement c’était nul de faire une dépression enceinte, parce que je devais déjà être une bien mauvaise mère pour déjà faire autant souffrir mon enfant, et ainsi allant le fameux cercle vicieux. Je ne vais pas bien donc mon bébé ne va pas bien, donc il faut que j’aille mieux, donc je me mets la pression, donc je stresse, donc je ne vais pas bien…

Ma dépression a été très mal interprétée par beaucoup de personnes dans mon entourage, parce que, je vous le donne en mille : « Tu n’es pas malade, tu es enceinte ».

Et si j’étais les deux ? Et si je prenais cinq minutes pour accepter mon état ? Osons le dire, je suis de nature fragile. Hyper sensible et ayant déjà connu quelques états dépressifs, il n’y a finalement rien d’étonnant à ce que le cocktail « hormones/fatigue/peur de l’inconnu » me pousse à sombrer.

J’en parle très librement ici et aujourd’hui pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, ça me soulage.

Après une crise de nerfs survenue dans les transports en commun, j’ai écopé de deux semaines d’arrêt maladie.  Persuadée que mon état était principalement dû au stress professionnel et à la fatigue due aux transports, j’ai pris conscience d’un problème plus profond. Le nœud omniprésent installé et pesant sur ma poitrine et mes crises de larmes incontrôlées étaient toujours accompagnés de bien tristes idées noires qui me permettaient encore un peu plus de culpabiliser. Mon mari m’a alors ouvert les yeux sur un point fondamental : je m’étais recroquevillée sur moi-même, je ne parlais plus à personne, même pas à lui, et me contentais d’estimer très subjectivement le jugement que les autres pouvaient porter sur moi. « Mon pauvre époux, il ne doit plus supporter mon cinéma / Je ne vais tout de même pas me plaindre à ma meilleure amie, elle aussi est enceinte, travaille mais elle doit être encore plus fatiguée puisqu’elle a déjà son aîné à gérer » / « Mon patron doit me prendre pour un tire-au-flanc, deux semaines d’arrêts pour quelques « troubles anxieux », il finira par me le reprocher et aura bien raison ».

J’ai alors décidé d’arrêter la technique de l’huître et si cela m’a demandé beaucoup d’effort, j’ai fini par accepter d’évoquer mon mal être, même s’il me paraissait dérisoire, même s’il me forçait à affronter le jugement de mon entourage. Finalement, cette décision fut des plus salvatrice, et je me souviens même avoir déjà adopté cette attitude par le passé pour d’autres périodes troubles n’impliquant pas de deuxième petit cœur près du mien.

Je vais vous dire ce qui s’est passé lorsque l’huître s’est ouverte. J’ai découvert que mon mari était merveilleux et que depuis le début je battais en retraite tandis qu’il faisait face à tout ce qui menaçait notre foyer sans se plaindre. J’ai compris que ma meilleure amie n’attendait que ça, que je revienne vers elle, qu’elle avait toujours été là pour m’écouter me plaindre de mes peines de cœur lorsque nous étions adolescentes et qu’elle serait là aussi pour étancher mes pleurs. J’ai découvert que mon patron n’était pas un homme sans cœur et qu’il acceptait parfaitement que me grossesse puisse interférer dans mon travail.

J’ai aussi compris que je n’étais pas la seule à expérimenter cette détresse. Ma mère en m’attendant, avait affronté bon nombre d’angoisses et que d’autres femmes avaient elles aussi mené quelques grossesses tumultueuses avec pour seul horizon une belle solitude, abandonnées du père de leur progéniture.

  • Après cela, j’imagine que mon humble témoignage pourrait éventuellement servir à de futures mamans en plein doute. On plaisante souvent sur ce mystère qui plane autour de la maternité, Florence Foresti en a ri et même celles qui ont accouché en quinze minutes dans une explosion de paillettes ont quelques anecdotes dérangeantes sur « la meilleure période de leur vie ». Pourtant, personne ne semble vouloir avouer le désarroi de certaines femmes durant cette période de leur vie.

 

  • Enfin, si j’ai commencé ce blog, c’est pour défendre toute une vision du monde par ma modeste expérience. J’essaye humblement de transmettre ce qui nous manque aujourd’hui : l’enracinement. Parce que c’est ainsi que nous deviendrons des grenouilles rebelles prêtent à en découdre avec un monde moderne qui nie tout ce que nous sommes, de notre culture à notre besoin biologique de fonder des familles.

La transmission se fait par de multiples moyens mais le premier est le sang. Depuis le début de l’humanité, c’est en faisant des enfants et en les éduquant que la transmission s’effectue. C’est ainsi que nous, contemporains, sommes arrivés dans ce monde. Pourtant, ce lien tend à être abimé voire désavoué. La cellule familiale est devenue le centre de toutes les attaques et ces dernières menacent l’équilibre de notre société. Les enfants ne viennent plus au monde avec hasard et amour, il faut qu’ils soient autant désirés qu’une TV grand écran pour avoir le droit même de naître. Et s’ils ont eu cette chance, leur éducation est laissée entre les mains de l’Etat par le biais de l’Education Nationale. Heureusement, beaucoup résistent, même sans s’en rendre compte. Parce que le lien du sang est un lien fort et biologique qui surpasse toutes les plus grandes théories sociologiques.

Alors oui, je suis enceinte, pas malade, mais cela signifie-t-il que je sois à l’abris de toute difficultés, de toute souffrance ? Avec la destruction de la famille, la femme enceinte subit à notre époque une pression sociale extrêmement malsaine. A nouveau, je vous parle avec un empirisme total que certains dénonceraient. Seulement, à force de voir le nombre d’avortement augmenter, à entendre ma sœur me raconter la réaction de son patron à l’annonce de sa grossesse « Et vous comptez le garder ? », à entendre à tire-larigot des phrases toutes faites pour justifier qu’une femme enceinte soit aussi productive qu’une autre dans son travail et avec le sourire s’il vous plait, je me plais à imaginer un monde où la future mère serait protégée et respectée.

Je ne fais pas là mon vilain petit canard qui manque de reconnaissance. Je pense d’ailleurs que c’est cette philosophie qui m’aide aujourd’hui à traverser ma dépression périnatale. Parce qu’au fond, tout au fond de moi, je sais que je suis en train de faire quelque chose d’immensément grand et important pour notre monde. Loin d’un simple désir d’enfant égoïste et comparable au désir de possession d’un chihuahua, je suis la matrice d’un petit, tout petit bout de notre futur. Comme toute mère, j’imagine déjà mon fils* accomplir de grandes œuvres. Sauvera-t-il notre monde par la force du glaive ? Sera-t-il juste à son tour un père aimant et respectable qui fera perdurer notre sang et nos traditions une génération de plus ? Naîtra-t-il avec un handicap et un supplément de cœur qui le poussera à changer le monde d’une manière singulière ? Sacrifiera-t-il sa vie à prier pour toutes ces âmes qui ont oublié comment faire ?

Voilà le message que je voudrais confier. Parce que les moments difficiles que je vis aujourd’hui je sais que d’autres femmes les vivront aussi. Je sais également que ce monde moderne sans cœur n’hésitera pas à tout faire pour détruire la dernière petite étincelle d’espoir et de fierté en elles. Oui, notre monde contemporain merveilleux permet à des femmes d’accoucher en toute sécurité tandis qu’au moyen âge beaucoup mourraient en couche. Mais ce même monde pousse également ces femmes sur le point d’enfanter à éliminer « le problème » quand le bébé en devient un.

Être une femme, une mère, n’a jamais été facile. Tout autant qu’être homme finalement, c’est la vie, pleine de saveur et loin d’être facile.

Mais accepter pleinement sa féminité et sa maternité dans une société comme la nôtre est un défi supplémentaire et un combat permanent. Alors hauts les cœurs et en avant !


*c’est un petit garçon !!


5 commentaires

Papy Jean · 14/07/2017 à 07:15

Comme toujours c’est trés bien écrit ,et tu manies trés bien le verbe . Bon ceci dit a te lire ce que je retiens surtout c’est ton état d’âme , que j’espère passager . Pour ma part j’ai bien en tête ma réaction mais je ne sais pas bien la traduire .Depuis des milliards d’années et de vies »humaines » Dieu à permis « l’évolution  » ,Teilhard de Chardin et Darwin permettent en partie de comprendre ,et autres philosophes mais ce n’est pas tout :… Je veux dire par là que le cerveau de l’homme « fabrique » ou « crée » des idées qui sont guidées par son éducation ,son libre arbitre etc..etc ..à suivre ….

Matylde · 17/07/2017 à 11:16

C’est vrai. Tu n’es pas malade, tu es enceinte. DONC (!) tu as le droit d’être fatiguée, tu as le droit d’être déprimée et tu as le droit d’être angoissée pour ton enfant. N’est ce pas le propre d’une mère de s’inquiéter pour ses enfants ? Ce n’est pas parce qu’il n’est pas encore né (félicitations pour ton garçon d’ailleurs) que tu n’es pas encore maman. Tu l’es depuis que tu sais qu’il est présent.

Et la grossesse entraînant des chamboulements hormonaux et corporels, tu as le droit d’être mal, fatiguée et tout et tout !! Ça m’énerve ce genre de réflexions que les gens se permettent ! Toutes les femmes ne réagissent pas de la même façon à la grossesse ! C’est d’ailleurs le sujet de mon mémoire puer, donc j’ai bien étudié la question !

Appuie toi sur nous, tes amis, ta famille ! On ne te lâchera pas comme ça et on est là pour t’écouter et t’aider !

Mille bisous ma belle !

    Reine Grenouille · 18/07/2017 à 10:12

    Merci! Merci! Merci !!! :-*

      Papy Jean · 07/08/2017 à 08:41

      C’est bien tu as « purgé » une bonne partie du négatif ,fait face à a ce qui degrade le moral,et laisse le de coté ,et comme tu dis « hauts les coeurs et en avant « Tu as un bon mari ,et une famille i qui t’apportent « les vitamines « …de la vie …

Sophie · 07/03/2018 à 07:46

Tu sais cette société est telle que quand tu es enceinte tu n’as pas le droit de te plaindre mais il y a beaucoup de femmes qui font des dépressions, qui ont des soucis de santé, qui n’aiment tout simplement pas ça. Personnellement autour de moi je n’avais que des pauvres filles qui qui après avoir galèré un long moment à tomber enceintes ont passé leur grossesse à se plaindre 😉 pour ma part grossesse tout bonnement parfaite mais l’accouchement je dirai pas la même chose et j’ai pas fait de dépression mais j’ai eu le contre coup 6 mois après la naissance. On a tous des choses qui ne vont pas et il faut arrêter de se cacher derrière ce que nous demande la société
Une Grossesse c’est pas idyllique pour tout le monde.

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