Verdun 1916-2016

31 octobre, la nuit n’est pas rassurante. Des jeunes sont de sortie pour fêter Halloween. Grimés, ils s’amusent à faire peur aux automobilistes en surgissant du bord de la route pour essayer de toucher la voiture. Une nuit à Dame Blanche ? J’espère bien que nous n’en rencontrerons pas. Le chemin à parcourir est long, quelques 800 km nous séparent d’un lieu fort de l’histoire Française et Européenne.

Verdun me parait inaccessible, pourtant, c’est bien là-bas que nous nous rendons.

Il y a 100 ans tout pile, une terrible bataille se déroulait sur les terres de Lorraine. Je ne m’étais pas vraiment intéressé à cette part de notre histoire avant de rencontrer mon mari. Lui, passionné d’histoire militaire, m’avait franchement rabroué au moment du scandale de la cérémonie du centenaire. Bien sûr, programmer un concert de Black M, chanteur peu signifiant pour la culture européenne, pour célébrer le sacrifice de milliers d’hommes ne me réjouissait pas. Mais j’étais en pleine période d’examen en ce mois de Mai, et j’avouais avoir autre chose à songer que ces préoccupations lointaines, à 800 km de là. Après une longue discussion, j’ai mieux compris ce qui déclenchait autant de furie chez Christophe. J’ai moi aussi pris mon téléphone, écrit plusieurs mails, signés les pétitions, fait ma part en somme.

De là à choisir Verdun comme destination de voyage de noce, ce sont passé quelques mois. J’ai finalement proposé le projet à mon aimé, pas seulement pour lui faire plaisir, je sentais au fond qu’un tel voyage m’apporterait beaucoup, nous apporterait beaucoup.

Nous avons célébré notre mariage, entourés de nos amis les plus chers. Puis nous sommes partis, seuls et le ventre encore tout empli de papillons.

Le chemin, que nous avons choisi sans autoroute, a croisé le Château de Guédelon.

Un Château fort en plein chantier

Un Château Fort en plein chantier

Une coupure hors du temps où une troupe de courageux bâtisseurs construisent un château fort avec uniquement les techniques de l’époque.

Puis nous reprenons la route, quelques kilomètres encore et Bar-le-Duc nous ouvre ses portes. Dans un café de quartier, la gentille gérante nous indique le chemin vers la borne zéro, celle d’où partaient nos courageux soldats pour monter au front. Nous suivons ce même chemin rythmé par les bornes dressées en témoins de l’Histoire.

La borne zéro de la Voie Sacrée

La borne zéro de la Voie Sacrée

Enfin Verdun, la ville. Bien plus belle que nous ne l’imaginions, on y respire un air particulier. La flamme du soldat inconnu vient tout juste d’être rapatriée depuis Paris. Nous logeons dans le plus bel hôtel de la ville, vue sur la Meuse. Dîner aux chandelles, rencontre du Maire de Verdun. Et si nous lui disions quelle infamie il a bien faillit commettre quelques mois plus tôt. Mais l’heure n’est pas aux règlements de compte. Nous sommes de jeunes mariés, déplacés en cette terre de violence pour découvrir ces paysages que, cent ans avant, nos aïeuls contemplaient avec l’espoir que la guerre finisse.

Le lendemain, nous nous baladons en ville. Monuments, Cathédrale, citadelle. En marchant sur les pavés de Verdun, quelques chants me viennent aux lèvres, je sifflote La Madelon.

La ville de Verdun

La ville de Verdun

Nous décidons finalement de  « monter au front ». La forêt a envahi les champs de bataille mais tout rappelle les événements qui se sont déroulés pendant la Grande Guerre. L’air que nous respirons, avec mon imagination fertile, prend un goût métallique et chaud d’un obus fraîchement lancé. Je cherche à deviner ce que les soldats pouvaient ressentir, je n’ai pas connu la guerre, pas cette guerre, et je suis une femme. Si j’imagine l’horreur grâce aux descriptions imagées de mon tout neuf mari, c’est finalement à l’intérieur du Mémorial, devant la lettre d’un papa qui dessine une lettre à sa petite Gisèle que les larmes viennent. Et toutes ces femmes privées de maris, tous ces enfants privés de père. J’ai le cœur tout serré et je repense aux lettres d’Henri Barbusse à sa femme. Il ne décrivait pas l’horreur, mais la lassitude, le manque.

A Vaux, je suis fascinée par ces petites anecdotes sur Vaillant et ses confrères pigeons voyageurs. Fascinée aussi par Christophe qui arrive si bien à raconter chaque événement, il arrive sans difficultés à me transmettre cette passion de l’histoire militaire.

Jour 3. Nous marchons, je n’aime pas ça. En fait, je n’aime pas me montrer en difficulté et c’est certain, ces quelques kilomètres qu’il veut nous faire parcourir, je ne les supporterais pas. Quand je pense à ces hommes paumés dans leurs trous d’obus, je me trouve bien triste d’avoir peur de ne pas passer le cap d’une petite balade. Mais finalement, les chansons me reprennent. Le Soldat Belge me trotte dans la tête. En entrant dans la forêt, je dépose trois roses blanches au pied d’un arbre. Peu importe si les morts ne peuvent plus sentir l’odeur des fleurs, c’est un moyen pour nous de les remercier, de leur dire que nous n’ignorons pas leur combat. Une manière aussi de leur demander de prier pour nous, s’ils le peuvent, pour que nous puissions nous aussi avoir tant de courage et d’ardeur au combat, quelle que soit sa forme.

Après Douaumont, la Tranchée des Baïonnettes, encore quelques pas et la grande nécropole apparaît. Gazon vert parfait parsemé de croix blanches. Monument imposant, l’ossuaire. Dans la chapelle, les prières proposées ne parlent que de paix, je comprends, mais je voudrais aussi qu’elles parlent d’amour du pays, de bravoure, de pardon.

L'Ossuaire de Douaumont

L’Ossuaire de Douaumont

Retour à Fleury-devant-Douaumont, village mort pour la France. C’est ici que nous prélèverons un peu de terre, un souvenir gratuit qui nous permettra de rapporter un peu d’histoire dans notre foyer et de témoigner de notre voyage bien plus profondément que n’importe quelle photo.

Lorsque nous reprenons la route, je ne me sens pas triste. Nous en avons croisé des fantômes dans la forêt de Verdun, mais le message qu’ils nous ont transmis n’est pas triste. Je suis émue, fière aussi. Parce que ce voyage de noce n’était pas celui de Monsieur et Madame tout le monde, il nous appartient tout entier, il est fait de sacrifice, de partage, d’apprentissage, d’audace. Autant de valeurs que nous serons heureux de transmettre à nos enfants si le Bon Dieu nous donne la grâce d’en avoir.


Pour aller plus loin Retour à Verdun sur le CNC


2 commentaires

Gardetto Jean · 30/11/2016 à 20:34

Félicitation pour ce recit sur le chemin de notre histoire où tous avons des membres ascendants des familles ,Coste,Gaillard,Gardetto,Dupre ,Chambordon .,qui y ont laissés larmes,souffrance,et leurs vies …..

Isabelle Chardavoine · 30/11/2016 à 20:49

Magnifique et très bel hommage rendu à nos soldats morts à Verdun.
Hommage qui « répare » un peu l’offense qui leur a été faite en mai dernier.

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