La Reine Grenouille est une femme (oui, ça peut en surprendre certains j’imagine), et elle rejette en bloc les idées féministes contemporaines véhiculées par les médias. Pourtant, la Reine Grenouille a à cœur de montrer qu’être une femme ne signifie pas être une petite chose fragile qui ne peut que faire le ménage et produire une descendance (c’est déjà pas mal mais c’est réducteur). En somme la Reine Grenouille a décidé de vous parler des grandes femmes de France, d’Europe et pourquoi pas du monde.

Sophie Rostopchine

Sophie Rostopchine

LA COMTESSE DE SEGUR

Née à Saint Petersbourg le 19 juillet 1799, Sophie Fiodorovna Rostopchina, dite Sophaletta, est la fille du comte Rostopchine, ministre du Tsar Paul 1er et gouverneur de Moscou. Jusque-là, vous vous dites qu’elle a plutôt de quoi bien démarrer dans la vie la petite, Papa a une bonne situation, mais il est bien connu qu’on ne peut pas tout avoir. C’est un peu comme dans un Disney, si tu es riche et que tes parents sont sympas, ces derniers finissent par mourir quelque part entre Stockholm et Liverpool. Pour la petite Sophie, rien de tel mais elle passe son enfance à Moscou sous le joug d’une mère horriblement sévère (aujourd’hui nous appellerions cela de la maltraitance et retirerions immédiatement la garde de Sophie à cette affreuse bonne femme).

C’est d’ailleurs sa propre enfance qui inspirera à la Comtesse son roman le plus connu il me semble : Les Malheurs de Sophie qui vient en trilogie après Les Petites filles modèles et avant Les Vacances.

Ajouté à cela, il faut savoir que son Papa, durant la campagne napoléonienne de 1812 en Russie, a eu la bonne idée de déclencher un grand incendie à Moscou pour défendre sa patrie. Il fait alors fuir les soldats de Napoléon et s’imagine sans doute être accueilli en héros, mais les habitants de la capitale apprécient moyennement de voir leurs maisons brûler. Il est alors disgracié par le Tsar et s’exile à l’étranger avant de débarquer en France en 1817. Sa famille le rejoint donc à Paris.

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Prix de l’amende aujourd’hui?

La France

C’est là que Sophie rencontre l’homme de sa vie : Le comte Eugène de Ségur. Là, on s’imagine rapidement une belle histoire d’amour entre prince et princesse qui ferait rougir tous les Harlequins  Que nenni ! S’il s’agit a priori d’un mariage d’amour en premier lieu, Eugène se révèle pour le moins volage par la suite. Desargenté et desoeuvré, sa situation s’améliore lorsqu’il est nommé pair de France*. Dés lors, il ne rend visite à sa femme que rarement au château des Nouettes en Normandie. Demeure qui a été offerte par le père de Sophie peu après son mariage. Elle se consacre alors à l’éducation de ses 8 enfants.

C’est en devenant grand-mère que la Comtesse de Ségur décide d’écrire des histoires, à l’origine destinées à ses petits-enfants. Son mari est alors directeur de la Compagnie des chemins de Fer de l’est, ami avec Louis Hachette (ça vous dit quelque chose ?). Ce dernier créé la fameuse collection de livres « La Bibliothèque Rose » à laquelle la Comtesse contribuera largement par son œuvre.

Sophaletta

Sophie Rostopchine est un personnage qui me fascine et que j’admire. Reine de la littérature pour enfants, modèle en termes d’éducation, catholique fervente (convertie de l’orthodoxie). Sa vie entière a été tournée vers ses enfants et ses petits-enfants. Aujourd’hui, une telle orientation de vie serait perçue comme un grave aveu de faiblesse face au patriarcat. Pourtant, dans un XIXème siècle un peu misogyne, la Comtesse de Ségur est devenue écrivain, femme sachant s’occuper de ses affaires. Quelques Femens malveillantes sauraient dire que la seule raison qui fasse que cette femme soit reconnue était qu’elle écrivait pour les enfants, et c’est bien connu, les enfants sont le territoire des femmes. Et alors ?

L’oeuvre

Un peu surannée, l’œuvre de la Comtesse de Ségur n’en reste pas moins, encore aujourd’hui, une référence. Si vous avez des enfants, je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer les éditions de la Bibliothèque Rose datant d’avant 1990 (après craignez un langage remodelé, appauvri et un texte épuré de toute référence catholique ou traditionnelle, bref, le Bon petit diable risque de n’y plus manger de porc). La plume de la Comtesse est fluide et elle utilise un langage ne pouvant qu’aider les bambins à améliorer le leur. Il est vrai qu’elle parle d’un temps qui pour nous et révolu, on n’éduquait pas les enfants de la même manière à l’époque. Néanmoins, les histoires manichéennes qu’elle raconte permettent d’inculquer quelques valeurs sûres aux enfants : le bien, le courage, la générosité, la justice, la douceur, …

Un père retrouve sa fille

Un père retrouve sa fille

Epilogue

En 1866, la Comtesse, veuve et faisant face à des difficultés financières, vend son Château et se retire. Tertiaire franciscaine, elle prend le nom de sœur Marie-Françoise mais continue malgré tout à écrire. Elle meure à 75 ans, en 1874. Elle est inhumée à Pluneret, dans le Morbihan, aux côté de son avant dernière fille. Sur sa  tombe une croix en granit où est inscrit : « Dieu et mes enfants ».

Oui, vous pouvez pleurer !

Pour aller plus loin.

Lire la Comtesse de Ségur n’est pas réservé aux enfants, je suis moi-même conquise par la découverte ou redécouverte de ses ouvrages. J’ai également constaté en préparant cet article que sa fille Olga de Pitray avait suivi les pas de sa mère, et encore sa fille après elle, la transmission familiale est donc pour le moins efficace !


Pour acheter divers ouvrages de la Comtesse ou sur la comtesse : La Librairie française

*Entre 1814 et 1848, il s’agit de la Chambre haute du Parlement pendant les deux Restaurations, les Cent-jours et sous la Monarchie de Juillet.


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